9 novembre 2009
Fameux battles de hip-hop, samedi soir, à Quimper, sous les regards souvent admiratifs, d'environ 550 enfants, ados et adultes. Danseurs et maîtres de cérémonie ont rivalisé d'adresse et de dextérité dans un esprit très respectueux.
«Allez le public, il va falloir ambiancer, car assurer seize mesures, ce n'est pas facile», lance l'animateur chauffeur de salle Nasty, au centre du cercle d'expression hip-hop de la salle du Chapeau-Rouge. Bordures scintillantes, lumières des projecteurs, et au-delà du cercle, dans la pénombre, des centaines de spectateurs et danseurs à l'échauffement. Sur le terrain de jeu justement, de jeunes maîtres de cérémonie (MC), sorte de poètes urbains, se préparent à se donner la réplique en un contre un. Selon deux temps: imposé d'abord: ils doivent intégrer dans leur discours quatre objets tirés au sort en direct; libre ensuite: dans de très souvent subtils exercices de style.
«De la vulgarité»
Outre les seize mesures, les MC doivent maîtriser le «flow», autrement dit le débit, et les mots sur des tempos donnés par les scratches et samples de DJ Asphalte. Pas toujours facile de contenir ses mots, d'ailleurs, dans une enceinte comble. Un MC en a fait l'expérience samedi soir. Il a dérapé sous le regard noir d'Ali. Ali, l'organisateur, avec l'équipe de la New School, de la rencontre internationale de hip-hop. Pour Ali, le hip-hop c'est «peace, love and unity» selon la devise d'Afrika Bambaata, le père de la Zulu nation et fondateur du mouvement hip-hop international. Ali fait un signe discret de désapprobation au jury. Qui tranche: «Il y a eu de la vulgarité, ce battle-là n'a pas lieu d'être». Il fait alors allusion à un seul défi.
Profond respect
Car pour le reste, le battle en langue française de MC et les battles internationaux de jeunes Bboys (breakdance) ou de danseurs confirmés new style de danse debout, l'une des spécialités du hip-hop, se sont déroulés dans un double esprit de franche détermination et de profond respect. Bien sûr, il y a chez les danseurs de hip-hop cette incontournable propension à toiser l'adversaire. Marquages psychologiques au coeur de défis artistiques et performances physiques. Et avant-hier soir, il suffisait de scruter le public, tantôt silencieux, tantôt bourdonnant, tantôt exultant, pour mesurer la valeur des danseurs venus de Bretagne, France, du Venezuela, des Pays-Bas, du Portugal ou de Grande-Bretagne... «Des danseurs et rappeurs autodidactes, qui ont construit leur hip-hop dans leur chambre, leur salle de bain, le walkman sur les oreilles en mangeant dans la cuisine», a résumé Nasty pour le public du Chapeau-Rouge. On était samedi soir, comme à chaque battle régional ou international programmé par la New School, loin des strass, des sirènes de l'argent corrupteur d'âme. En prise donc avec un hip-hop authentique, joyeux, talentueux. Fidèle à une autre devise inscrite dans la tête d'Ali Ahamed: «Peace, love an having fun». Un hip-hop ponctué de «hype» récurrents. Cette formule, lancée par l'animateur, le jury ou les danseurs spectateurs lors des battles, désigne un habile décalage entre les mouvements chorégraphiques proposés. Une belle prouesse en somme!
«Ici, ce sont des danseurs et rappeurs autodidactes, qui ont construit leur hip-hop dans leur chambre...»
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