7 octobre 2009
Depuis hier et pour trois semaines, le quartier du palais de justice de Quimper vit au rythme des ballets de fourgons cellulaires et de gendarmes en armes, dissuadant toute velléité d'évasion des cinq accusés de l'affaire Algret. À l'intérieur, l'ambiance est tout aussi tendue.
Une étincelle. Il suffira d'une étincelle pour que la sérénité des débats de la cour d'assises vole en éclats. Voilà ce que présageaient plusieurs proches de l'enquête, à mesure que se rapprochait l'ouverture du procès-fleuve des assassins présumés de Bernard Algret.
Hier, leurs craintes se sont vérifiées. Dès 8 h, une ambiance lourde s'est installée aux alentours du palais de justice, à mesure que les fourgons cellulaires, venus des maisons d'arrêt de Ploemeur et de Brest, pénétraient dans l'enceinte du tribunal. À chaque arrivée, ponctuée de hurlements de sirènes, des gendarmes se mettaient en faction aux deux entrées de la rue du Palais. Voisinage un peu surréaliste des collégiens de La Sablière et des lycéens de Brizeux croisant les forces de l'ordre. Les premiers cartables en bandoulière, les seconds bardés de gilets par balles et fusils à pompe...
Dès l'ouverture des débats, Me Fabrice Petit, défenseur de José Antonio Freitas, commanditaire présumé de l'assassinat de Bernard Algret, a souhaité s'entretenir avec la présidente de la cour d'assises.
«Sales bâtards»
Il reprochait aux membres du GIPN d'apparaître encagoulés, aux côtés des accusés, accentuant encore leur aura négative auprès des jurés. Ces policiers, formés à des missions périlleuses comme l'infiltration de réseaux mafieux, attendaient en fait le départ des photographes et caméramen pour se découvrir... Ce qui fut fait quelques minutes plus tard, tandis qu'Antonio Freitas maugréait «sales bâtards», entre ses dents, à l'attention de son escorte.
«Tous les témoins n'ont pas déposé librement»
Les débats ont débuté par la lancinante lecture, par la greffière, de l'acte d'accusation, jalonné des scènes de supplices que les co-accusés ont infligé à leur victime (Antonio Freitas réfute toute implication). C'est d'ailleurs pour cette raison que les avocats des parties civiles, Me Ronan Appéré, du barreau de Brest, et Me Boris Marie, du barreau duMans, assisteront seuls à toutes les audiences. «Avec sa fille, Bernard Algret était un papa gâteau. Il était très fortement attaché à elle, et elle à lui.C'est pourquoi mes clientes (fille et ex-compagne de Bernard Algret, NDLR) ne sont pas en état d'assister à l'audience. Elles n'y viendront que le temps de déposer sur la personnalité de la victime et sur leurs relations familiales et parentales», expliquait, hier matin, Me Appéré, rejoint par Me Marie, qui assiste la soeur de Bernard Algret : «Ma cliente ne viendra également qu'une journée. C'est un dossier angoissant. Tous les témoins n'ont pas déposé librement, à un moment ou à un autre».
Fureur d'Antonio Freitas
Les jurés, eux, ont commencé par voir Christian Soler, tueur présumé, sortir de ses gonds, hier matin, car la pause pipi tardait à venir. Son incartade ne fut rien à côté de la fureur qui a saisi Antonio Freitas, vers 15h, lorsque la présidente a effleuré le contexte des deux bars à hôtesses, dont l'accusé était le gérant et où tous les protagonistes se sont rencontrés. Vociférant contre le juge d'instruction Richard Folzer, il a dû être sorti du box par le GIPN, promettant «plein d'autres» suspensions. Les débats sont prévus pour durer jusqu'au 23 octobre.
«Avec sa fille, Bernard Algret était un papa gâteau. Il était très fortement attaché à elle, et elle à lui. Elle n'est pas en état d'assister à l'audience»
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