25 septembre 2009
C'est dans une carrière reculée de Tréméoc que Gwénaël Le Berre, tisserand passionné, s'apprête à accueillir le public, pendant trois jours. Tout un art et une histoire à découvrir.
Ca fait des grands «clics», ça fait des grands «clacs». Et à la fin, ça fait des grandes toiles. Derrière son métier «Charles Gadel», né au XIXe, Gwénaël Le Berre joue une partition d'un drôle de genre. Il y a des cordes, il y a des bois. Manquent les cuivres que remplacent des roulements de fonte, fragiles comme du verre mais d'une précision horlogère. Derrière son métier Gwénaël Le Berre tisse, comme le faisait son père. Artisan, Marc Le Berre avait fondé en 1959 «Les tissages de Locmaria» à Quimper. Avant que la crise, pétrolière, n'amène à Tréguennec les métiers de son fils, qui avait repris l'affaire. Mondialisation et mécanisation textiles exigent, informatisation sur la toile oblige, Gwenaël Le Berre a érigé son ouvrage au rang d'art. Un passionné, qui entre deux «clics» et deux «clacs» refait l'histoire de son métier Gadel. «Comme du Jacquard, en simplifié». Le fil, de laine, de lin ou d'ailleurs, se tend. Le bois se cintre. La navette joue les intermédiaires, bon motif comme alibi après filature. De ce jeu de dupes, parfois cousu de fil d'or, naissent désormais des oeuvres, héritages d'une histoire qui a su broder dans la trame du langage. «Connaître les ficelles du métier», «faire la navette», «lâcher la pédale», autant d'expressions nées de l'amour du métier.
Universalité du tissage
Avant-guerre, ces métiers Gadel, en particulier, étaient les préférés d'une certaine Chanel, Coco de son prénom. Grâce à ces métiers Gadel, la styliste a révolutionné le tailleur et raccourci les jupes. Le nord, pays du textile, c'est oublier un peu vite que la Bretagne était aussi terre de toiles. «De Loudéac, on exportait jusqu'en Amérique du Sud, dans les colonies espagnoles, via Cadix. Et puis Locronan, avec le chanvre, c'était aussi une place forte du tissage», explique Gwénaël Le Berre, héritier d'une tradition assumée et revendiquée. Érigée, même, au rang d'universalité. «Le tissage, ça se retrouve partout, dans toutes les civilisations, sourit encore Gwenael Le Berre. Par exemple, en Afrique, les Dogons racontent leur cosmogonie, leurs origines, à travers le tissage». De sa passion, de son art, Gwenael Le Berre, devenu plasticien, a donc fait des oeuvres. «Dans les installations que je fais avec le tissage, il y a une verticalité, une certaine continuité. Un rapport à la terre et à la pesanteur». Une légèreté, aussi, à découvrir au milieu d'une ancienne carrière de Tréméoc. Pendant trois jours, ça fera donc des grands «clics» et des grands «clacs» autour d'un amoureux de son métier. Un passionné pour qui «le tissage est binaire». Un art qui dit «oui», un art qui dit «non». Un art qui dit «je vous attends». Pratique Portes ouvertes à l'atelier de Gwénaël Le Berre, Kerlagadec à Tréméoc, demain, dimanche et lundi. Gratuit.
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