7 février 2011
Flash-back. Juillet1972, prairie de Plonéour, le public se presse pendant trois jours pour voir jouer les Martin Circus, Triangle, Variation mais aussi Demis Roussos ou Glenmor. Bien avant les Vieilles Charrues, le «Woodstock» bigouden marque la fin d'une épopée. Celle de la déferlante rock en Bigoudénie, celle de l'arrivée des guitares électriques et des reprises de Chuck Berry ou des Beatles. Un bouillonnement auquel le Pont-l'Abbiste Gilbert Cariou a assisté. Sorte d'avant-propos à l'ouvrage sur lequel il travaille, il rend compte de ces soubresauts dans «Rok», ouvrage collectif retraçant l'histoire du rock en Bretagne.
L'archange du rock débarque au Sidney
Nouveau flash-back. 15août 1962. Le cirque Pinder-RTF a installé pour plusieurs jours son chapiteau place de la République. Ce soir-là, Gilbert Cariou est dans le public. Sous le ciel étoilé de la piste, Danny Boy et ses Pénitents-quatre musiciens portant cagoule-chantent «Je ne veux plus être un dragueur» ou «Croque la pomme». Le choc. «C'est la première fois que l'on voyait du rock en live», souligne Gilbert Cariou. «J'avais 13 ans en 1962. Ce n'est pas rien de voir des amplis, des guitares». Cinq ans plus tard, c'est un autre archange, l'archange du rock, qui foule la terre bigoudène. Nous sommes le 12juillet, la tournée «L'épopée du rock» débarque. Vince Taylor himself, Monsieur «Brand New Cadillac» que The Clash reprendront en 1979, aussi. Il est sur la scène du Sidney au Guilvinec avec l'emblématique Bobby Clark à la batterie pour un show rock... Du rock, du vrai avec, à la fin du concert, une bagarre mémorable avec les marins-pêcheurs. 1967, c'est l'année où le Refuge, salle située à Saint-Jean-Trolimon, accueille le 31août le concours départemental «Rock et Folk» filmé par Télé Bretagne. Sorte de télé-crochet, le concours est l'occasion rêvée pour de nombreux groupes de décrocher le droit de faire un disque. «C'est la première fois qu'on a vu un groupe reprendre les Beatles», souligne Gilbert Cariou. Les Kelts jouent «With a Little Help from My Friends». Sorti quelques mois plus tôt en Angleterre, «l'album ?Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band ?avait déjà bien été digéré par les Bigoudens». Ce soir-là, Pierre Andro et les siens, alias les Rocky Blues, concourent également.
Rocky Blues: pionniers du rock
C'est en 1965 que la formation voit le jour à Pont-l'Abbé. «C'est le premier groupe bigouden», assure Gilbert Cariou. Un quatuor qui donnait dans la reprise de classiques du rock et de rythm and blues. À sa tête, Pierre Andro, qui lorsqu'il ne travaillait pas dans la boulangerie familiale, jouait de la guitare à une époque où les instruments sont encore rares. D'ailleurs, à défaut de batterie, le groupe jouera un temps avec caisse claire et cymbales. Ouvert sur la mer, le Pays bigouden est léché par les ondes subversives de Radio Caroline. Alors forcément, les groupes se forment: les Shelters de Pont-l'Abbé, les Atlantes de Penmarc'h, les Jacksons de Pont-l'Abbé ou les Wild Things de Plozévet qui «chantaient essentiellement des reprises des Rolling Stones», note Gilbert Cariou. Marrant pour un groupe dont le nom fait pourtant référence aux Troggs. Avec le début des années 1970, la mode change. Les groupes évoluent. Delire et Orphée, qui se sont reformés, ouvrent une nouvelle page.

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