5 novembre 2009
Daniel Moysan voulait s'en débarrasser rapidement mais l'extraordinaire complexité judiciaire de ce dossier a finalement refroidi le maire. Le Hêtre et L'Averse risquent de rouiller encore longtemps dans l'anse de Rostollec.
Souvent épiques en mer, les aventures de bateaux peuvent rivaliser en rocambolesque, une fois à terre. Le cas des deux épaves échouées sur l'anse de Rostollec ne manque pas de sel en tout cas. Anciens bateaux de la Marine nationale, notamment préposés au ravitaillement en eau potable des îles d'Houat et d'Hoëdic, L'Averse et Le Hêtre croupissent depuis, respectivement, 18 et 12ans dans cet étroit estran, coincé entre l'Île-Longue et la presqu'île de Roscanvel.
Insolvable et introuvable
Daniel Moysan résume les premiers épisodes: «Racheté à la Marine par un particulier, l'Averse est arrivé en août1988 dans le port du Fret. En 1990, le propriétaire recevait une première contravention car son bateau causait des dégâts au quai. En 1991, un courrier des Affaires maritimes l'enjoignait de quitter Le Fret dans les dix jours. Ce qu'il fit en allant l'échouer sur l'anse de Rostollec». La justice, via le tribunal administratif, se rappellera encore au souvenir du propriétaire en août2008. Il lui ordonne de lever l'ancre au plus vite et pour mesure coercitive, lui colle une astreinte quotidienne. «Il doit 35.400 EUR à l'État», précise le mairie. Problème: l'homme est insolvable. Mais, au moins sait-on où il habite. Ce qui n'est pas le cas du Hêtre dont le repreneur civil aurait été vaguement aperçu en Guyane il y a quelques années. Ce qui complique légèrement l'évacuation de ce bâtiment tranquillement échoué depuis 1997 à côté de l'Averse.
Risques pour les promeneurs
Pourquoi vouloir les enlever? Outre leur esthétisme discutable, les deux bateaux présentent un risque pour les promeneurs qui s'en approcheraient de trop près. C'est du moins l'avis du maire, rédacteur d'un arrêté municipal avertissant du danger d'effondrement de pièces. Mais c'est bien la seule chose qu'il puisse faire: «Je ne suis pas compétent pour ordonner leur évacuation», regrette Daniel Moysan. Sur l'estran, c'est l'affaire de l'État, via la DDE. Mais à l'antenne de Crozon, Jacques Brélivet concède lui aussi son impuissance: «C'est un dossier qui me dépasse. Tellement compliqué. Et maintenant, tout ce qui concerne le maritime est transféré à la DDE de Landerneau (où personne n'était joignable, hier, NDLR)».
Une asso a bien tenté
Des solutions «douces» existent pourtant. Une association bordelaise voudrait bien récupérer l'Averse, sister-ship de l'Ondée dont elle a assuré la restauration. Mais, un écueil se dresse en travers de cette bonne volonté: elle doit d'abord régler une partie des arriérés d'amende du propriétaire insolvable. «Impasse juridique», soupire Daniel Moysan. Bref, ce n'est pas demain la veille que Le Hêtre et l'Averse lèveront l'ancre de Rostollec.
Question d'esthétisme. Les vieilles coques en bois plaisent aux touristes en mal de romantisme ou en quête de clichés armoricains. Pour éviter que ce déplacement au Bout du monde laisse le moindre mauvais souvenir, les services techniques de la ville ont nettoyé les abords de ces épaves en bois, enlevant toutes les chutes susceptibles d'occasionner des blessures.
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