14 avril 2010
«Vous êtes bien arrivés». Méfiance, si vous cherchez à vous rendre à Landévennec en vous appuyant sur les indications fournies par votre GPS, vous finirez à Ti-Page, un lieu-dit situé... à plusieurs kilomètres du centre-bourg, en pleine forêt domaniale. «Je ne sais pas pourquoi ça fait ça», explique Roger Lars, le maire de la commune, un tantinet démuni face au problème. «Au lieu d'indiquer le bourg, les GPS donnent la direction du centre géographique de la commune. Et à chaque vacances, c'est pareil: on voit des touristes totalement perdus, qui se demandent où ils sont arrivés». L'histoire pourrait prêter à sourire si elle ne comportait toutefois pas son lot de risques. «Pour le vacancier, ce n'est pas trop grave, il a normalement tout le temps de retrouver son chemin. En revanche, pour le médecin ou le livreur, ça peut être beaucoup plus gênant», continue le premier magistrat, qualifiant la situation «d'empoisonnante». Compte tenu du fait que de plus en plus d'automobilistes ont recours à cet outil dans leurs déplacements, la municipalité envisage de déployer une signalétique appropriée. «On sait où les gens se perdent, il nous suffit, à partir de là , de les remettre sur la bonne voie».
«Une presqu'île dans la Presqu'île»
Au-delà de la péripétie, cette fausse piste offre au visiteur la possibilité de découvrir les joyaux naturels dont regorge l'arrière-pays landévennecien... ainsi que de prendre la pleine mesure de l'éloignement géographique du bourg. «C'est un lieu paradisiaque, protégé des vents dominants, les pieds dans l'eau. Le rêve!», se plaît à répéter Roger Lars, le maire de la commune depuis 1983 (il avait 32 ans lors de sa première élection). Mais ce rêve «a un coût», indique encore l'élu. «On est une presqu'île dans la Presqu'île. Car une des caractéristiques de la commune est d'avoir un bourg totalement excentré, situé à 7km de la départementale». Pour compenser cette situation géographique, la municipalité aurait souhaité développer les Quatre Chemins. «Mais la loi littoral nous l'interdit». Et les possibilités de construction sur le reste du territoire sont «réduites». Par ailleurs, le grand nombre de maisons secondaires et d'habitations à vendre (souvent au prix fort, compte tenu des vues imprenables sur la mer dont beaucoup jouissent) que l'on recense à Landévennec pose un autre problème. «Mais on ne peut pas forcer les gens à venir habiter dans la commune. Ni à vendre leur maison à vil prix». Résultat: un bourg «qui s'est vidé de ses commerces» et «une population en constante baisse depuis le début des années 2000». Au mois de novembre dernier, le «Lucky One», bar particulièrement bien placé, fermait ses portes. Ajouté au «problème» du Beauséjour (lire ci-dessous), cette fermeture n'arrange en rien la situation de Landévennec. «On a besoin de vie. On ne peut pas non plus vivre dans un désert!», lance l'édile qui, à l'instar de Nadine Servan, à Camaret, compare «son» bourg à une «île».
«Seul, aujourd'hui, on ne peut rien»
Pour autant, Roger Lars ne se désespère pas. Les moyens de la commune étant des plus réduit (400.000EUR de budget, cette année), il s'appuie, sans hésiter, sur l'intercommunalité. «Seul, aujourd'hui, on ne peut rien. Et les communautés de communes représentent l'unique chance de survie des petites communes», explique-t-il. Une façon de voir les choses, tout à fait en phase avec la réforme annoncée des territoires, qui invite à de nouvelles pratiques. «Il y a un grand nombre de services qu'on ne peut pas offrir. Et touristiquement, on a une chance inouïe de profiter du label Presqu'île de Crozon». Autre constat: «Les gens ne vivent plus seulement à Argol ou à Landévennec, mais en presqu'île de Crozon. C'est là qu'est l'espace de projets».
Rénovation programmée du musée
Landévennec, malgré son école fermée depuis 1983 et avec seulement une vingtaine d'enfants habitant en son sein, aurait toujours son avenir devant elle. De nombreux projets sont d'ailleurs à l'ordre du jour, comme la construction d'une nouvelle bibliothèque municipale (réalisation prévue en 2011, pour un coût de 200.000EUR environ), ou la réalisation d'un assainissement collectif, inspiré de ce qui vient de se faire à Saint-Nic. «Mais je suis incapable de dire quand cela pourra se faire. C'est un projet qui nous dépasse complètement», lance l'élu, comme un appel du pied. Le musée de l'ancienne abbaye, qui fêtera ses 20 ans cette année, aura lui aussi droit à une deuxième jeunesse. «C'est un bel outil, mais si on veut qu'il le reste, il faut investir». Le projet, inscrit dans le contrat de territoire 2010-2016 du conseil général, porterait sur un montant de 500.000EUR et s'inscrira en parallèle de ceux également programmés à la Maison des minéraux, à Saint-Hernot et au Musée des vieux métiers d'Argol. Une intercommunalité forte, alliée à des lieux emblématiques (l'ancienne abbaye, le cimetière des bateaux), devrait donc permettre à Landévennec de conserver son identité. Telle est, en tout cas, la conviction de Roger Lars, lui dont la famille habite au même endroit depuis «le début du XVIIesiècle». «À Rangoulic très exactement. Juste à côté de l'endroit où mènent les GPS...».
* La semaine prochaine: Telgruc-sur-Mer.