8 octobre 2009
Énarque d'origine rennaise, Eugène Julien est contrôleur général au ministère de l'Économie. Invité par l'UTL, il a donné, lundi, une conférence sur le thème «Faut-il craindre l'Iran?».
Pourquoi une conférence sur l'Iran?
C'est une passion personnelle. J'y suis allé à trois reprises. Mais il y a deux raisons majeures pour lesquelles j'en ai fait le sujet de ma causerie du jour. Par ailleurs, je suis toujours un peu glacé d'entendre des propos brutaux, catégoriques et définitifs du style «Y a qu'à» ou «Il suffit de...». À ce sujet, je rappellerai la phrase d'Hubert Védrine qui, un jour, a dit: «Si la diplomatie consiste à ne discuter qu'avec ceux qui sont en accord avec vous, il n'y a plus de diplomatie». Bref, le but de cette conférence est une meilleure compréhension d'un pays qui est aujourd'hui un poids lourd du Moyen-Orient. On ne résoudra pas les problèmes au Liban ou en Israël sans passer par l'Iran.
En quoi ce pays peut-il être menaçant?
Ce qui inquiète le plus ses voisins, c'est sa domination sur toute la région. Il y a d'abord la dimension démographique d'un pays qui compte 70.000.000 habitants, à laquelle s'ajoute la dimension religieuse. L'Iran, république islamiste, est le seul État à avoir imposé la théocratie. L'importance des chiites est capitale, au point qu'ils inquiètent même les autres États islamistes. Il y a enfin le poids économique d'un pays au potentiel écrasant en terme de richesses naturelles. Sans parler du pétrole, l'Iran est la plus grande réserve de gaz avec la Russie.
Ce pays peut aussi inquiéter les Occidentaux...
L'Iran a un potentiel militaire important. À terme, il est difficile d'imaginer qu'ils n'aient pas l'arme nucléaire même si, dans ce domaine, la situation du Pakistan est bien plus préoccupante. Et, évidemment, dans ce contexte, il n'est pas simple de prendre des mesures de sanction. Il n'y a qu'à voir comment les États-Unis se sont enlisés en Afghanistan, un pays qui représente le dixième de l'Iran.
Alors, faut-il en avoir peur?
Concrètement oui. Ce n'est pas un gouvernement de velléitaires. Il faut les prendre au sérieux. Une fois que l'on a dit cela, quelle stratégie faut-il adopter? Il faut jouer intelligemment et essayer de négocier. 40% de l'essence produite en Iran est exportée. Si, demain, Barack Obama disait: «J'interdis l'importation de l'essence iranienne», on voit bien qu'il s'agirait là d'une sanction économique de poids. Quoi qu'il en soit, la plus grande erreur serait d'essayer de fomenter une révolution de l'extérieur. Ce n'est pas de là que viendra la solution car on voit bien qu'à l'intérieur même du pays, il y a des mouvements et des dissidences.
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