3 octobre 2009
On l'a appris le week-end dernier: la prime à la casse va être réduite, mais prolongée. Une aubaine pour les casseurs? À Saint-Hernin, la charge de travail est bien là, mais on parle plutôt de «gâchis».
Jean Le Goff s'arrête au milieu des carcasses. «Voyez, là, normalement, il y a une allée. Mais en ce moment, c'est plus possible. Et pourtant, j'ai fait le ménage il y a trois semaines. À l'époque, on ne pouvait plus rien rentrer». Depuis l'instauration de la prime à la casse, sa boutique ne désemplit pas. «À partir d'avril, j'ai rentré 60 à 80 voitures par mois. Avant, c'était 300 par an... On n'avait jamais vu ça. Même avec les primes Juppé ou Balladur».
Que vont trouver les jeunes ?
Une bonne affaire, donc la prime à la casse. Lui, corrige d'entrée: «Un vrai gâchis, oui. J'ai vu rentrer des voitures avec pas 80.000km, dont le contrôle technique avait à peine quelques mois. Des voitures que les gens auraient pu vendre bien plus que les 1.000EUR combinés au bonus écologique de leur voiture neuve! Des voitures saines qui pouvaient rouler encore des années, qui auraient fait le bonheur des jeunes qui cherchent une voiture pour démarrer dans la vie. Eux, je ne sais pas ce qu'ils vont trouver maintenant...».
Travailler plus pour gagner... pas plus
Économiquement, l'affaire ne serait pas non plus si rentable pour lui. «Du boulot, ça, j'en ai, à ne pas compter mes heures. Mais ça ne m'a pas fait gagner plus. D'abord parce que je suis débordé. Pour pouvoir gérer les nouvelles arrivées, je n'ai pas le temps de démonter vraiment les voitures: il faut faire de la place. On a juste le temps de les dépolluer, c'est tout. Alors, certes, j'ai doublé mon tonnage de ferraille. Mais comme la tonne est encore trop basse pour que ce soit rentable...». Conclusion: «J'aurais bien embauché pour faire face, mais comme on n'a aucune visibilité sur l'avenir...».
Danger pour les petits garages
Car c'est s
urtout les conséquences de la prime à plus long terme qui inquiètent le mécanicien. «Ça m'a permis de refaire mon stock de pièces, mais c'est pas pour ça que je vais en vendre plus». Le raisonnement est simple: un client qui achète une voiture neuve est un client de perdu, au moins pour un bon moment. Et les casses ne seraient pas les seules concernées. «Ceux qui ont mis leur voiture à la casse sont ceux qui fréquentaient les petits garages. Demain, avec leur voiture neuve, sous garantie, ils iront chez le concessionnaire, pas ailleurs. Pareil pour la vidange... Il risque d'y avoir de la casse l'année prochaine». Seul motif de réconfort sur ce point, le parc d'anciens véhicules qui fait de la résistance dans nos campagnes.
Le vieux moteur sévit encore
Reste au moins l'argument environnemental: la prime est une façon de faire le ménage au profit de véhicules moins polluants. Là aussi, Jean Le Goff est sceptique: «Il aurait fallu faire des catégories. Les voitures de 2000-2001 qu'on balance aujourd'hui ne sont pas si polluantes. Elles ont toutes un pot catalytique. Par contre, rien n'empêche de démonter un vieux moteur polluant et de le remonter. Là, la prime n'aura servi à rien».
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