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Carhaix

Eduardo Manet. «Tout exilé a un manque en soi»

5 octobre 2009

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L'auteur franco-cubain Eduardo Manet, 79 ans, était l'invité de la troisième Nuit des auteurs de théâtre en Bretagne, samedi soir, au Cinédix. Une cinquantaine de personnes ont participé à cette rencontre avec un écrivain qui n'envisage pas de renter de sitôt dans son pays natal.

Un auteur de votre envergure dans une petite ville du Centre-Bretagne, n'est-ce pas un peu incongru?
«Non, pas du tout parce que j'adore voyager, rencontrer des gens, rentrer dans différents lieux et découvrir les régions. Je connais très bien le Pays Basque, j'espère bien connaître un jour la Bretagne. Lors d'une remise de prix où il y avait des noms prestigieux comme Tavernier, Claude Miller et tout le tralala très parisien, c'est Jean-Paul Alègre, président des Écrivains associés du théâtre, qui m'a présenté Pierre-Marie Quesseveur. Il m'en a dit tellement de bien que j'ai tout de suite dit oui.»

Le travail de M.Quesseveur en faveur des écriturescontemporaines est-il reconnu dans la capitale?
«Je dois malheureusement dire non. Paris est à la fois une grande et petite ville renfermée sur elle-même. Elle ne regarde pas ailleurs. C'est le principal reproche que je pourrais lui faire: il faut regarder ailleurs. C'est pourcela que je voyage, c'estpourcela que je suis là».

Quel sens donnez-vous ce soir à votre démarche?
«Tout exilé a en soi un manque. Un manque de famille, un manque d'amitié. J'ai des familles de remplacement. Heureusement. J'ai aussi des amis qui me sont très chers. J'espère qu'à partir de ce soir j'aurai de nouveaux amis qui vont s'installer à côté de moi et devenir aussi chers que d'autres amis, mes amis basques par exemple».

Vous convaincre de rencontrer le public carhaisien n'a donc pas été très difficile?
«Non car j'adore rencontrer des gens, me faire de nouveaux amis, parler de choses et d'autres, c'est-à-dire de tout ce qu'on veut. Le public peut me poser toutes les questions imaginables, je répondrai à chaque fois de la manière la plus sincère possible».

Vous n'êtes pas retourné à Cuba depuis longtemps. Vous y pensez?
«J'ai quitté Cuba en 1968 et je n'y suis plus retourné. Mais je garde espoir. Un jour peut-être, quand les choses auront vraiment changé. Il faut savoir que Raul Castro a été mon ami. J'entretiens ma forme pour vivre encore une dizaine d'années. D'ici là, oui, je crois que je pourrai retourner à Cuba. Je suis devenu Français et j'ai choisi Paris qui nous appartient à tous. Ce n'est pas la capitale de la France, c'est la capitale des étrangers, c'est-à-dire des gens venus d'ailleurs».

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