10 février 2012
La misère sociale la plus inquiétante n'est pas forcément la plus visible. À Morlaix, même si quasiment personne ne dort dans la rue,il existe des sans-logement, «hébergés par des connaissances», indique Gérard Dantec, éducateur spécialisé à l'Aftam, une association d'aide et d'accompagnement social située à La Boissière. «Si le problème était uniquement d'avoir un toit, ça irait...», constate le travailleur social, pour qui «le savoir-habiter est le plus important ». Mélanie Carrasco, éducatrice à l'Aftam, confirme qu'il y a « des personnes qui se clochardisent chez elles, sans ressources, sans électricité, sans chauffage.» Et c'est là le plus dangereux, comme le souligne Marie Simon-Gallouédec, adjointe au maire en charge des affaires sociales:«Notre principale préoccupation est d'avoir un signalement de ces personnes isolées, pour ne pas les oublier et pouvoir les aider».
Faire connaître l'accueil de jour
Pour leur «redonner le mode d'emploi de la vie», Gérard Dantec et son association proposent un accueil de jour, trois matinées par semaine, pour prendre un petit-déjeuner, une douche ou simplement discuter. Si les personnes en difficulté ne viennent pas à l'Aftam, c'est l'association qui peut venir à eux. Lors de la maraude hebdomadaire (plus régulière en cas de grand froid), les éducateurs sillonnent le centre-ville pour faire connaître l'accueil de jour aux personnes en situation précaire, et établir ainsi un contact. De là peut s'instaurer une relation de confiance qui débouchera sur un accompagnement social renforcé, la deuxième mission de l'Aftam. Les éducateurs, via un réseau étoffé (médecin, tribunal, banque...), tentent de remettre sur pied des personnes qui ont un problème de relation à l'autre.
Même combat au foyer du Jarlot
Le centre d'hébergement et de réadaptation sociale (CHRS) du foyer du Jarlot poursuit le même but de réinsertion. En plus de son hébergement d'urgence (voir ci-dessous), le Jarlot accompagne 22 personnes pour un suivi administratif (ouverture des droits), d'insertion (travail ou formation), et de logement (gestion d'un habitat). Chaque personne admise au CHRS signe un contrat avec des objectifs et les moyens pour les atteindre, le tout dans une période sept à huit mois en moyenne. «Ici, ce n'est pas simplement une mise à l'abri. Avec un suivi régulier, nous visons l'autonomie, avec un logement à gérer au bout», explique Dominique Cam, directeur du foyer du Jarlot. Avoir un logement est une chose, mais le gérer en est une autre. Contrairement aux idées reçues, la misère ne concerne pas que les gens à la rue. Les travailleurs sociaux morlaisiens le savent mieux que personne.