6 février 2012
Il suffit de regarder une carte pour s'en rendre compte. Dans ledomaine de la santé comme ailleurs, tous les secteurs géographiques ne sont pas pareillement dotés. Dans le Nord-Finistère, l'offre était jusque-là dominée par le CHRU de Brest. L'établissement est plus important, ses services plus nombreux.
Partage des savoirs et des moyens
Pour les populations un peu éloignées, il y a les hôpitaux locaux, plus ou moins distants du domicile. Mais, ces structures, plus modestes, ont du mal à maintenir certains de leurs services enactivité. Et les difficultés liées à la démographie médicale n'aident pas toujours aux recrutements. Parfois, le malade n'aplus alors qu'à se résoudre àregagner Brest pour y être soigné par les spécialistes qu'il ne trouvera pas ailleurs. Bref, ce n'est pas vraiment là l'idée qu'on peut se faire d'un service public, d'une offre égale pour tous en termes de sécurité et de proximité. D'où l'idée d'une communauté hospitalière de territoire (CHT). Tout en enrayant lafermeture des services dans les hôpitaux locaux, cette dernière doit notamment permettre «lepartage des savoirs et des moyens», y compris humains.
Des débuts carhaisiens
Vendredi, si une signature a officiellement concrétisé le lancement delaCHT à l'hôpital de Landerneau, les établissements concernés n'ont pas attendu cet acte de naissance pour entamer lescollaborations. Comme le souligne Bernard Dupont, directeur du CHRU deBrest, le combat de 2008 pour le maintien de la maternité de Carhaix, puis la fusion avec l'établissement brestois, étaient déjà annonciateurs du CHT. Depuis, d'autres rapprochements ont été opérés, comme laconstruction d'un pôle dechirurgie digestive, structuré autour de deux axes: Brest-Landerneau et Morlaix-Carhaix. Dernier exemple: la télé imagerie. En peine pour trouver des radiologues, Crozon peut aujourd'hui compter sur le CHRU de Brest pour interpréter des images qui sont faites en presqu'île. Et le mouvement va se poursuivre en 2012 avec, entre autres, l'organisation d'une filière territoriale des AVC et l'approfondissement de la filière gériatrique.
«Pas de volonté hégémonique»
Mais ces changements ne vont pas sans susciter quelques inquiétudes illustrées par cette question récurrente: «Le gros ne va- t-il pas, à terme, phagocyter les petits et les priver de leur autonomie?». «Il n'y a pas de volonté hégémonique de la part duCHRU de Brest», répond lemaire de la ville, François Cuillandre. «Nous n'aurions pas reconstruit l'hôpital de Crozon, sinous n'étions pas convaincus de l'utilité d'un tel établissement», conclut, de son côté, Alain Gontrau, directeur général de l'ARS (Agence régionale desanté).
*CHRU de Brest (qui comprend aussi Carhaix), les centres hospitaliers de Crozon, Landerneau, Lanmeur, Lesneven, Morlaix et Saint-Renan. La communauté hospitalière du Nord-Finistère doit permettre laprise en charge des 600.000 habitants du territoire. Ellereprésente 9.200 emplois, dont 640 médecins, pour un budget de fonctionnement cumulé de 617millions d'euros. La CHT, ce sont, chaque année,120.000 passages aux urgences, 3.500 accouchements, 1.895 places d'hébergement pour lespersonnes âgées et 32.000 interventions chirurgicales.