5 janvier 2012
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Ça y est, la «Margaux» peut enfin respirer. À l'heure qu'il est, l'Ignacienne aux six enfants, 13 petits-enfants et quatre arrière- petits-enfants compte, assise dans l'avion dans lequel elle a embarqué ce matin, les quelques heures qui la séparent encore des bras de son «petit dernier», Gérard.
Jamais revenu
Le même Gérard, 42 printemps ou presque qui, un beau jour de mars1994, a décidé de quitter le village de Lanleya et un boulot chez Gad, à Lampaul-Guimiliau, pour parcourir 30.000km à vélo jusqu'au détroit de Béring (lire ci-dessous). Son chemin s'est arrêté avant terme sur les terres indiennes de Pondichéry, où il vit encore. Il n'a jamais refait la route en sens inverse depuis 1997. Et du haut de ses 79 ans, Marguerite Guéguen ne pensait, elle, jamais plus pouvoir parcourir les 8.602km qui la séparent aujourd'hui de son fils. «Son souhait le plus fort était d'y retourner. Mais elle se sentait trop âgée, elle croyait le voyage trop cher et cette perspective lui semblait, en un mot, inaccessible, raconte aujourd'hui Marie-Laure Le Cronc. Vous auriez vu ses yeux quand je lui ai suggéré de l'accompagner là-bas! Son visage s'est illuminé. Je ne pouvais plus reculer!»
«Sa peine m'a fait de la peine»
Copine des après-midi loto depuis 2006, la Ploujeannaise de 52 ans n'imaginait pas, en croisant l'histoire de la solide «Margaux», se lancer dans pareille aventure. «Mais la peine que j'ai sentie chez elle m'a fait de la peine... Et j'ai de la joie à la voir désormais joyeuse». La voilà donc elle aussi embarquée dans un long courrier vers le sud-est de l'Inde. Et derrière elle son mari Dominique, ainsi que Josiane, la soeur de Marguerite. Tous les quatre vont passer dix jours avec le fiston-aventurier, d'abord bénévole dans un orphelinat, puis serveur, puis maçon, et maintenant manager d'une grosse entreprise d'informatique à Pondichéry. Le groupe va aussi et surtout faire connaissance avec Delphine (14ans), Gaëlle (13 ans) et Mahé (8 ans), les trois enfants que Gérard Scoubart a eu ou adoptés sur place. Si les échanges de mail, les conversations via Skype ou Facebook ont déjà permis de briser la glace, Marguerite la Trégoroise a une belle impatience d'embrasser ces proches si lointains dont elle ne connaît que la voix et les visages.
«Elles ont accompli un miracle!»
Avec, sans doute, un petit pincement au coeur supplémentaire pour l'aînée. «Si Margaux n'avait pas pris le premier avion pour Pondichéry, avec sa soeur Josy, ce Noël 1997, il y a fort à parier que la petite Delphine n'aurait jamais survécu. Elles ont accompli un miracle!», s'empourpre Marie-Laure. «C'était une enfant chétive, une fille qui plus est. La maman s'en était détournée et les médecins ne jugeaient pas utile de la soigner, se souvient cette fois Marguerite. Ce n'est pas mon fils Gérard, mais une Française de la fondation où il travaillait qui m'a prévenue. On a foncé avec ma soeur. Cette petite, on l'a nourrie, soignée, dorlotée. On l'a gavée comme une oie. En trois semaines, elle était retapée!»
«C'est moi sa mémé»
Pour l'Ignacienne, ce voyage «étourdissant» n'a pourtant pas eu de suite. Elle est retournée à sa ferme. Delphine a grandi près de son père, à Pondichéry. Ce soir, grand-mère et petite-fille se parleront de visu, enfin. Et que lui dira Margaux? «Que c'est moi sa mémé, voilà tout».
4 avril 2012 à 20h10

21 mars 2012 à 07h34 - 41 réaction(s)
15 mars 2012 à 20h24