11 janvier 2012
Les rues Alexandre-Pichodou à Morlaix et Plouigneau, et le stade éponyme de Garlan, rappellent que la région morlaisienne a donné naissance à un des plus grands pilotes français d'avant-guerre. Il y a 75ans - le 6décembre 1936 -, l'aviateur ignacien s'abîmait en mer, au large de Dakar, à bord de la Croix du Sud. Lors de cette traversée de l'Atlantique-Sud entre Dakar et Rio de Janeiro, Alexandre Pichodou était le second de Jean Mermoz, figure légendaire de l'Aéropostale.
«À l'époque, les gens admiraient les avions»
Trois autres membres d'équipage avaient pris place à bord de l'hydravion. «L'annonce de la disparition des aviateurs de la Croix du Sud a eu une résonance incroyable en métropole. Certains cinémas et théâtres parisiens ont même arrêté leurs programmes pour annoncer leur disparition», explique Josette Pichodou (74 ans), la seconde fille du pilote ignacien.
«À l'époque, les gens admiraient les avions comme ma génération s'est émerveillée devant les fusées», poursuit la retraitée, née à Garlan quelques semaines après la disparition de son père. Le ministre de l'Air de l'époque, Pierre Cot, avait même salué «les qualités exceptionnelles de grand pilote» d'Alexandre Pichodou, lors d'un hommage officiel célébré le 30décembre 1936. Si la disparition des aviateurs a tant passionné les foules, c'est également à cause des circonstances troubles du crash de la Croix du Sud. Disparus à 750 kilomètres au sud-ouest de Dakar, les occupants de l'hydravion n'ont jamais été retrouvés. «Même pas une trace d'huile alors qu'on sait approximativement où il a sombré», précise Josette Pichodou.
Scolarisé à Garlan, Alexandre Pichodou a fait ses classes dans l'Armée de l'air à Saint-Raphaël. Après cinq ans de service militaire, il est entré dans l'Aviation civile en 1927, âgé seulement de 22ans. Il était affecté au transport du courrier sur les grandes lignes internationales à destination du Moyen-Orient, de l'Asie du Sud-Est, puis de l'Amérique du Sud.
La théorie du complot
Comme tout bon feuilleton, la disparition de la Croix du Sud est pimentée par une théorie du complot à l'encontre de Jean Mermoz. «Certains ouvriers étaient opposés aux engagements politiques de Mermoz qui était membre du mouvement d'extrême droite les Croix-de-Feu. Ma mère pensait qu'ils auraient pu négliger volontairement l'entretien de l'hydravion», explique la fille du pilote de Plouigneau, qui occupe sa retraite d'hôtesse de l'air entre Paris et Morlaix.
Pichodou n'aurait pas dû monter à bord
Autre hasard de l'histoire: Alexandre Pichodou n'aurait jamais dû monter à bord de l'avion. «Mon père voulait discuter avec Mermoz juste avant son départ pour Rio. On n'a jamais vraiment su pourquoi il est monté à bord de la Croix du Sud», regrette Josette Pichodou. Un mystère qui ajoute encore un peu plus de piquant à l'histoire d'Alexandre Pichodou et consorts.

26 mai 2012 à 22h20
26 mai 2012 à 21h42
26 mai 2012 à 17h59 - 6 réaction(s)