24 janvier 2012 - 1 réactions
Tristan et Daniel (*) sont gardiens de stades et de gymnases brestois depuis de nombreuses années. «Nous dépendons de l'office des sports. Notre mission est d'accueillir au mieux le public et les équipes, d'ouvrir et de fermer les installations, de les remettre en état et de veiller sur le bon fonctionnement des équipements», détaille Daniel. Voilà pour la théorie. Parce qu'en pratique, à le croire, «les trois quarts du temps, la fermeture des équipements n'est plus assurée». La faute à une violence commune et à un irrespect galopant que les deux agents dénoncent fermement en s'agaçant du silence pesant de leur hiérarchie.
«Jamais de réponse à nos rapports»
«Nous avons rédigé un nombre incroyable de rapports. Nous n'avons jamais eu de réponse. Pourtant, nous disposons d'un règlement intérieur strict mais àquoi sert-il, puisque nous ne pouvons même pas l'appliquer?», s'étranglent-ils. À leur connaissance, aucun club contrevenant n'a été sanctionné. «Comme si on cherchait à ne pas ébruiter ces dysfonctionnements». Alors, ils déballent et citent les expériences. Le match qui ne finit pas. Les vestiaires souillés par des mottes de terre. Et la violence qui affleure sans arrêt. «Des violences verbales, c'est tous les jours, rapporte Daniel, parce que les club-house sont devenus des bistrots où on boit sans arrêt. Un pot après une rencontre, ça se comprend. Mais là! On ne peut plus fermer convenablement les installations». Cette tension croissante ne s'arrêterait pas aux insultes. «Dimanche, il y avait un match de rugby au Bouguen. Ça a fini en bagarre générale, m'a-t-on dit. Des spectateurs étaient sur le terrain pour la bagarre». Blasé, apeuré par le manque de soutien, Daniel a opté pour une philosophie propre. «La voiture pas loin, des bonnes chaussures et sauve qui peut. On est là, et on s'en va».
Tricarde dans le quartier... et ailleurs?
Tristan, pour sa part, va encore plus loin. «Si on s'interpose dans un vestiaire en disant àun gamin qu'il ne ferait pas ça chez lui, la plupart du temps, on prend des risques. On n'est absolument pas sûr que l'éducateur va nous suivre, et encore moins notre hiérarchie en cas de pépin». Il se souvient ainsi de la grave agression commise au gymnase de Kérédern, l'été dernier. «Une vacataire a appelé les pompiers pour notre ami, qui était gravement blessé. Elle est aussitôt devenue tricarde dans le quartier, où elle ne peut plus travailler. Personne n'a rien fait pour elle». Mais si, aujourd'hui, ces deux agents aguerris ont choisi l'anonymat pour dire «que les terrains de foot sont devenus difficiles», c'est plus par peur des représailles en interne...
Le problème de l'alcool
Alors, ils réclament des postes doublés pour fermer les terrains, le soir venu. «On accuse toujours les jeunes. C'est trop facile. La dernière fois que j'ai eu des problèmes, c'était avec des vétérans ivres morts», avance Tristan, qui évoque sans fard sa plus grande crainte: «Qu'un de nous reste sur le carreau un soir et que personne ne vienne le chercher». Comme lorsque les joueurs d'un club disparu depuis arrivaient avec des chiens d'attaque sur le bord de la touche, ou toutes ces bisbilles ici et là qui éclatent lors des matchs du dimanche. «Le foot, c'est devenu la guerre. Une sorte de guerre des clans» qui n'épargne manifestement aucun terrain du week-end des amateurs. «La violence est devenue inhérente au sport, on le voit partout même chez les champions. Ici, pratiquement, ce sont des arbitres agressés ou effrayés et des après-match qui dégénèrent dans l'alcool». Sans nier la gravité des incidents de samedi, les gardiens l'ont vue venir. Mais qui les a écoutés?
(*) À leur demande, les prénoms ont été modifiés.
27 mai 2012 à 08h31 - 6 réaction(s)

27 mai 2012

27 mai 2012