4 juillet 2009
19 ans, un port de déesse, un visage d'enfant, un enfant dans le ventre. Et dix condamnations. À la barre, cette jeune fille encaisse les coups pour un vol de shampooing et un vol de chemisier. Comme par lassitude, elle répond en un mot.
En haut lieu, il est de bon ton d'évoquer l'égalité des chances. Mais lorsque l'audience commune d'un tribunal lambda approche de la vérité sociale, les déclarations d'intention s'écroulent. Une semaine qu'elle est au trou. «Pour l'instant, ça va», dit-elle d'une voix aussi jeune que neutre. Elle sortira en octobre. Elle a oublié de se rendre aux convocations du juge de l'application des peines, elle n'a «pas su». Pas reçu le courrier. Alors, ses sursis sont tombés comme des fruits trop murs. Les additions privatives de liberté se sont enchaînées. Quatre mois, plus deux, plus 15jours. «Pour l'instant, ça va».
Pour s'habiller
Le juge André décline son identité. Elle écoute, droite comme un«i», imposant sans le vouloir sa silhouette longiligne. Deux vols lui sont reprochés. Deux vols tout minables: un peu de produits de beauté là, un chemisier ici. Deux fois, elle était attendue. Alors, le tribunal évoque les vols. Pourquoi? Mais pourquoi donc? «Je n'ai pas d'argent, j'avais besoin de m'habiller», lâche-t-elle en faisant coulisser ses doigts sur la barre et en sautillant, mal à l'aise, d'un pied sur l'autre. «Mais vous n'avez pas de famille?», tente le juge André. «Non. Je vis là où la mission locale m'a trouvé quelque chose». Le magistrat poursuit. «C'est embêtant, vous savez. Vous êtes en récidive. Et vous savez ce que ça veut dire, récidive». Du tac au tac, dans un souffle d'écolière qui a appris sa leçon, «Oui. Peine plancher».
Vers la lumière?
Elle ne sera pas requise. Mais le parquet tape sur le clou. «On lui donne des chances, elle ne les respecte pas. Elle ne respecte rien», se désole le procureur Feyeux, qui réclame quatre mois de prison. Nayla Belmeliani ne sera condamné qu'à la moitié de cette peine. Parce qu'entre-temps, le tribunal aura entendu le destin de cette adolescente, enceinte de quelques mois de «quelqu'un qui travaille». Comme une seule lumière dans le couloir de cette jeune fille partie trop tôt de chez elle «parce qu'elle avait envie de liberté», partie trop tôt de sa famille d'accueil et pour qui, depuis, le cours des jours n'était qu'un chemin de croix.
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