Radio numérique. L'onde de choc
La France se lance dans la radio numérique avec une norme que personne n'utilise en Europe. Les questions ne manquent pas et l'inquiétude grandit du côté des radios associatives locales.Tout est numérique en France : la télé, la musique, le cinéma, Internet... Tout, sauf la radio.
Une majorité de pays européens dispose d'un mode de diffusion, le DAB (Digital audio broadcasting), qui permet l'organisation des radios en bouquets et offre différents services sous forme d'images et de textes.
Une directive européenne préconise l'extinction de la diffusion analogique dans toute l'Europe d'ici 2012. Aujourd'hui, la Belgique est couverte à 98 %, le Danemark 90 %, la Grande-Bretagne 85 %, l'Allemagne 82 %, la Norvège 80 %, le Portugal, la Suisse et les Pays-Bas 70 %...
La France n'a pas pris le train du DAB et a été sommée par Bruxelles de remédier à cette situation anachronique. Mais l'État français et les professionnels, pour d'obscures raisons, ont retenu la norme T-DMB, utilisée en Corée, pour les téléphones portables. « C'est invraisemblable », déclarent plusieurs responsables des radios brestoises.
De plus, le passage de la France à la radio numérique s'effectue à marche forcée, dans un brouillard assez épais : 358 radios (sur 600) ont déposé leur dossier de demande au CSA qui considère ce résultat comme une réussite. Elles seront sélectionnées au printemps et auront deux mois pour passer à l'acte.
Pour émettre en numérique, les radios devront passer par un multiplex pour se regrouper en bouquets de sept à huit radios et être diffusées. Le coût d'un service basique est estimé de 15.000 à 20.000 € par an. Tout dépend des services proposés et certains opérateurs annoncent un total à 100.000 €... Inutile de dire qu'aucune radio associative locale n'a un budget à la hauteur...
D'autant que la mise en route de la radio numérique va s'effectuer en parallèle de la FM, pour laquelle les radios continueront de payer.
Une génération...
L'autre volet de la radio numérique concerne les auditeurs. Le CSA estime que chaque foyer français dispose, en moyenne, de six récepteurs radio (voitures comprises). Ces postes, qu'il faudra donc changer progressivement, sont estimés entre 100 et 300 €.
Pas de panique, tout cela ne risque pas de changer aussi rapidement que le souhaitent les pouvoirs publics. L'exemple anglais est assez édifiant. Les sujets de sa Gracieuse Majesté sont passés au système DAB en 1995 et le tout numérique n'est pas prévu avant 2015 : 20 ans de chantier, une génération...
Chez nous, des professionnels se demandent quel est le but vraiment recherché par l'État et les grands groupes de radios ?
Ce qui se dit dans les coulisses, c'est que ce numérique là est « une pompe à fric » et qu'il est destiné à faire disparaître des radios plutôt que de favoriser la multiplication des fréquences.
1981, boom des radios libres, semble bien loin...