25 janvier 2012
Sortir de l'hôpital avec une prescription de soins à domicile n'apas grand sens pour une personne sans domicile fixe. «Alors, bien souvent, quelques jours après être sortie de l'hôpital, lapersonne se retrouvait aux urgences, c'était un cercle vicieux. Des expérimentations ont été menées en France et l'État a lancé un appel à projets en 2006 pour créer 500 lits de Halte soins santé en cinq ans», dit Gilles Mazé, chef de pôle insertion précarité à l'Aftam. À Brest, l'association Aftam arépondu à cet appel à projets et a racheté les locaux de l'ancien foyer pour personnes âgées de Pouleder, libérés par la Mutualité, à Saint-Pierre. «Pour l'instant, nous avons une capacité de huit lits et nous en aurons douze lorsque les travaux seront achevés au printemps. Lefoyer va aussi accueillir notre pension de famille et maison-relais de25places qui constitue une étape avant le logement autonome». Le prix de journée est de 100 EUR par jour et par personne, versés par l'assurance-maladie via l'Ondam. L'ouverture de droits n'est pas un préalable àl'accueil d'un patient, mais àl'Aftam de se débrouiller pour boucler son budget. Pour les médicaments, une convention est passée avec la Pharmacie humanitaire internationale. Actuellement, sept lits sont occupés, le huitième aurait même pu l'être sans un problème de mixité. «En ce moment, nous avons deux femmes et cinq hommes àla halte. À terme, seule l'une des 13 chambres prévues sera double. Les repas se prennent dans une salle à manger commune». Les motifs d'admission sont variés: plaies avec pansement, examens médicaux, infections, sortie d'un centre de rééducation, etc.
Deux mois maximum
La durée prévisible du séjour nedoit pas être supérieure àdeuxmois. Un médecin salarié de l'Aftam évalue l'état du patient avant l'entrée et visite les résidants tous les jours, tout comme les auxiliaires de vie et infirmiers de l'Aide à domicile 29. L'objectif de la halte est aussi d'aider la personne à sortir durablement de la rue. C'est l'occasion de faire avancer son dossier social et de trouver une solution de logement adapté. La présence sur le même site de la maison-relais facilitera cet accompagnement social. «À titre d'exemple, en sortant de la halte, une personne atrouvé une colocation, une autre une place en CHRS (centre d'hébergement et de réinsertion sociale), une autre des nuitées d'hôtel dans le dispositif pour les étrangers». La halte était le chaînon manquant de la filière santé construite autour des précaires avec lePoint H en 1988 et le centreAccueil précarité du CHU en1999.
Et le diabétique étranger?
«Les temps d'hospitalisation sont de plus en plus réduits. L'objectif est que les patients sortent dans le contexte le moins défavorable. La Halte soins santé était attendue», dit le Dr Pierre Bodenez, psychiatre et responsable de l'Accueil précarité du CHRU, qui est centre de référence régional et gère la situation de plus de 200 patients précaires par an. Ce centre comprend médecin, assistante sociale mais aussi des infirmiers psychiatriques qui vont sur le terrain àlarencontre des patients engalère. Tous les problèmes ne sont pas réglés pour autant. «Un étranger, s'il est diabétique, on le prendra en charge en urgence vitale, cela nesediscute pas mais quand il est sortant, qui va payer l'insuline, l'appareil de mesure de la glycémie et les bandelettes? Comment conserver l'insuline sans réfrigérateur? Les problèmes économiques et éthiques se mêlent. Pour les équipes soignantes, il est très difficile de voir, comme cela s'est produit ces derniers mois, sortir de l'hôpital une femme enceinte et ses deux enfants sachant qu'ils sont à la rue».
23 février 2012 à 11h24
