23 février 2011
Les capitaines de navires français (en activité et à la retraite) s'associent à la peine de la famille de Philippe Deruy, qui a mis fin à ses jours, lundi, à Nice. Ce commandant de la CMA-CGM avait été placé dans un emploi à terre par sa hiérarchie, après une collision, le 23décembre dernier, avec un caboteur au large des Pays-Bas. Philippe Deruy commandait l'un des plus gros et des plus modernes porte-conteneurs français, le Lapérouse, pouvant transporter jusqu'à 13.000boîtes. C'est un de ses lieutenants qui était en passerelle quand a eu lieu cette fortune de mer matérielle sans autre conséquence. Débarqué àl'issue de la collision, le brillant et très estimé capitaine a écrit dans un courriel, avant de se donner la mort, lundi: «Je n'ai plus d'avenir et cela m'est insupportable».
Une confiance durement acquise
Pour l'Association française des capitaines de navires (Afcan), dont le siège est basé à Brest, «cet événement dramatique met en lumière les conditions psychologiques très difficiles, quelque fois terribles, dans lesquelles les capitaines de navires exercent leur métier». «Pour un capitaine qui aime son métier, lui retirer son commandement après un accident, et quel que soit le poste proposé à terre, est une lourde sanction, bien réelle. Celui qui, jusque-là, avait la confiance totale de son armateur subit un véritable traumatisme. Cette confiance, obtenue à la suite de dizaines d'années d'études, de formation et d'expérience à la mer disparaissant alors en quelques instants».
Avant le résultat de l'enquête
«Malgré le discours ambiant sur le management, la prise en compte du facteur humain, et bien d'autres choses encore, les motifs de pression sur le capitaine n'ontjamais été aussi nombreux. Le capitaine est le responsable désigné de tout ce qui touche aunavire et il faut satisfaire l'opinion publique, les assureurs, les actionnaires ou encore les clients avant même le résultat des enquêtes en cours. Loin de nous l'idée d'enlever la responsabilité du capitaine mais il est nécessaire de lui donner les moyens de l'exercer et de lui permettre de se défendre comme tout salarié. Le particularisme de cette fonction ne retire pas des droits élémentaires, àdéfaut de la considération et du respect qui, malheureusement, semblent plus rares aujourd'hui qu'hier».
Maintenir l'attractivité
«Nous pensons que ce drame doit au moins ouvrir les yeux des dirigeants des compagnies maritimes et nous engager tous àoeuvrer pour trouver des moyens d'amélioration, si l'on veut éviter d'autres tragédies et aussi maintenir un peu d'attractivité pour ce métier exigeant», terminent les membres de l'association, profondément affectés par cette disparation.

26 mai 2012 à 06h41