Opéra. « Tosca » est une diva
Le Quartz offrait ses planches, mercredi soir,
à un monument
de l'opéra. Mise en scène classique et orchestre
au diapason
pour deux soirées à guichets fermés.
Il en va de certains arts comme de certains hommes : ils pensent détenir la vérité, et l'assènent sans qu'aucune objection ne puisse être apportée. Ils la gravent dans le marbre, l'installent sur un piédestal, et qui veut tenter de l'en descendre risque inévitablement d'être traité d'iconoclaste, de béotien.
La « Tosca », proposée par Jean-Claude Malgoire (direction musicale), Christian Schiaretti et Arnaud Décarsin (mise en scène), est un beau spectacle. Très beau, même. Dont la force dramatique de Puccini a été conservée.
La mise en scène ne fait pas dans la modernité, s'en tenant à une scène presque nue, surplombée du corps du Christ, témoin silencieux de la tragédie qui finira par emporter tous ses acteurs.
À réserver aux amateurs
Tosca, femme jalouse, passionnée, trouve sa voix dans celle de soprano, pleine de nuances, de Hjõrdis Thébault. Que dire des deux autres acteurs principaux ? Le chef de la police est un abject personnage, maître chanteur à travers le baryton Pierre-Yves Pruvot. Le peintre Cavaradossi est la figure amoureuse de la pièce avec la voix de poitrine du ténor Gilles Ragon. Et l'orchestre qui les accompagne arrange le tout avec une maestria tour à tour dramatique ou lyrique. Oui, « Tosca » est un beau spectacle. Mais seuls les amateurs d'opéra sauront l'apprécier à sa juste valeur. Que les non-initiés, eux, restent en lisière de cette oeuvre qui ne contribuera pas à mettre à mal les clichés qu'ils nourrissent sur le genre.
Précise
comme une montre suisse
Le jeu d'acteurs est outrageusement outré, et, là encore, pour les néophytes, cela peut générer un peu... d'agacement ? L'action, toute dramatique soit-elle, est d'une longueur monotone, presque redondante. Et la pièce, au final, possède le défaut de sa qualité : précise comme une montre suisse. Et lente comme un accent de là-bas.
Le plus dommage, dans tout ça, c'est que depuis que le Quartz a proposé, le mois dernier, un « Dom Juan » débridé et moderne, que des lycéens sceptiques avaient fini par applaudir debout, la preuve était faite qu'il est possible de faire apprécier des arts difficiles à un public réfractaire par nature. Avec « Tosca », l'opéra reste un art élitiste qui ne s'affranchit pas de codes... Pompeux ?
Pratique
Ce soir, au Grand Théâtre du Quartz. Complet.