Objectif Molène. 24 photographes exposent
Molène soigne son image culturelle et propose pendant un mois les travaux de 24 photographes de renom, dont Willy Ronis, le doyen de la profession, et Bernard Plossu.
Moins médiatisée que ses voisines d'océan, Ouessant et Sein, Molène est pourtant une de ces modestes mais bouillonnantes marmites culturelles dont il convient de soulever le couvercle. Demain par exemple, et durant le mois qui va suivre, à l'occasion de « Vues de l'île ».
De la salle polyvalente à la fontaine, en passant par l'intérieur de l'église, 24 photographes, parrainés par Willy Ronis, doyen de la profession (lire ci-dessous), dévoilent les instantanés, portraits en noir et blanc, paysages ou ambiances inspirés par la muse molénaise.
Certaines photographies, signées de René Tanguy ou Alain Le Nouail, ont été réalisées en 1977. D'autres, comme la série de Dominique Le Roux, réalisée en une journée, datent quasiment d'avant-hier. Chacune est une pièce d'un puzzle de passion et de fidélité qui n'a cessé d'être complété. On peut presque dire qu'il avait été écrit, voici une vingtaine d'années, qu'un vernissage aurait lieu ce 20 juillet.
Durable chimère
« Nous remontions de la plage à Molène avec Yann Le Goff, iconographe à l'Humanité et qui fut mon prof de photo, en nous disant que ce serait merveilleux de vivre là sur l'île. Nous sommes tombés sur un panneau " À vendre " et avons acquis une ancienne épicerie hôtel », raconte le Brestois René Tanguy. Ce rêve a pris le nom de Chimère et contribue, 18 ans plus tard, à faire de la discrète Molène le lieu culturel le plus injustement méconnu entre Le Conquet et Greenwich Village.
Sémaphore culturel
Le Centre Atlantique de la photographie y a ses habitudes et le Fourneau a créé là un espace multimédia. Avec l'association locale Spered Ar Mor, une bibliothèque est née, des peintres ont, l'été dernier, exposé leurs visions de l'île. Et chaque hiver, Daoulagad Breizh défie les tempêtes pour partager sa passion du cinéma avec la population insulaire.
« Les arts, accessibles à tous, gens de l'extérieur ou Molénais, créent du lien social. Cela nous motive dans notre action et notre désir d'être associés à la réhabilitation de l'ancien sémaphore (*). Sa vocation muséographie doit être, selon nous, complétée par la création d'un lieu de vie culturelle », commente Marie-Pierre Grall, secrétaire de Spered Ar Mor.
Avec l'exposition qui débute demain, Molène devrait franchir un nouveau palier de notoriété, puisqu'elle accueille LE rendez-vous photographique de l'été breton.
Outre trois belles photos de vacances confiées par Willy Ronis, on y verra des travaux de Bernard Descamps, Mat Jacob, Didier Olivré, Sébastien Durand, Nathalie Desserm et bien d'autres. Dont Bernard Plossu, un alchimiste qui, dans le flou de notre vie, sait comme personne déceler le filigrane vif-argent de la justesse humaine.
Grâce à lui et à tous ceux qui ont accepté de jouer le jeu de l'exposition collective, les îliens ne pourront plus dire : « Ici des photographes, il en passe souvent, mais on ne voit jamais les photos... »
* Le conseil général du Finistère a confié à la société Ca va marcher, le pilotage de ce chantier.