Mine d'étain. L'aventure à Saint-Renan
Le nom de Charles Pavot est associé à l'étain extrait pendant une quinzaine d'années à Saint-Renan. Il le raconte dans un livre de souvenirs, intitulé « Épisodes d'une vie ordinaire ». En fait, elle n'a pas été si ordinaire...
Le regard de Charles Pavot, 88 ans, pétille quand il puise dans ses souvenirs. « J'ai eu une vie parfaitement heureuse ». Et très diversifiée, est-on tenté d'ajouter. Sorti de l'École navale, Charles Pavot embarque en 1940 sur le Richelieu. Sa carrière militaire tourne court, suite à une tuberculose pulmonaire. Au décès de son père, en 1948, qui dirigeait trois usines d'iode au Conquet, à Argenton et à Plouguerneau, le lieutenant de vaisseau honoraire Charles Pavot reprend le flambeau. Il fait ce métier pendant dix ans. Cette industrie est finissante, il va chercher autre chose. Après un stage à la direction de la recherche de la CEA (Commissariat à l'énergie atomique), il achète des compteurs Geiger et des scintillomètres. Un jour, sur un chemin, à Bohars, son enregistreur bondit. Il vendra ensuite 500 kg d'uranium au CEA.
La Fringante la Turbulente
Son personnel lui ramène aussi des cailloux intéressants, de Saint-Renan. Verdict du CEA : oxyde d'étain pur à 75 %. Commence, au début des années 1960, l'aventure de la Comiren (Compagnie minière de Saint-Renan). Le capital est partagé en deux : le BRGM (Bureau de recherche géologique et minière) d'un côté et de l'autre des apports privés. Charles Pavot préside. Une drague américaine Ellicot, baptisée « La Fringante », fait son entrée dans le paysage. Une plus petite, française, « la Turbulente », suivra.
En 17 ans d'activité, la Comiren va extraire 7.000 tonnes d'étain. Elle travaillera une cinquantaine d'hectares, à Saint-Renan, où la station d'épuration se trouve d'ailleurs sur un terrain reconstitué.
La Comiren ira notamment aussi sur les terres de la baronne de Tasine, sur la route de Plouarzel, très sourcilleuse sur la remise en état des terrains après exploitation. Aujourd'hui, on y trouve du maïs.
De l'or près de Morlaix
La Comiren, qui a employé jusqu'à 150-180 personnes, avec le statut de mineur, a exploité également un petit gisement, à Lanmeur, près de Morlaix. Elle y a trouvé de l'étain, mais aussi 10 kg d'or, récupéré avec une table à secousses, par un étudiant embauché le temps des vacances.
La Comiren vendait son minerai d'étain à des Espagnols, à raison de deux wagons de 20 tonnes par mois ; un contact qui l'a amené à exploiter un petit gisement d'étain, près de Salamanque.
La Comiren s'arrêtera en 1977. S'il n'y avait plus d'étain de teneur suffisante, il restait un énorme gisement de sable. Il a servi, ensuite, pour des routes ou du béton. Le pont Schumann, à Brest, ainsi que les ponts de Saint-Brieuc, ont le grain de Saint-Renan.