Les Amis de Recouvrance. C'est fini!
Après plus de 30 ans d'activité, l'associationdes Amis de Recouvrance va fermer ses portes. Ces passionnés d'histoireet de patrimoine ont contribuéà une meilleure connaissancedu passé de ce quartier atypique.
En 1980, Jean-Yves Laouénan, alors entrepreneur et commerçant connu et reconnu à Recouvrance, propose la création d'une association attachée au quartier. Il est immédiatement suivi par des passionnés soucieux de préserver la mémoire et l'âme de ce quartier. C'est ainsi que, le 5décembre 1980, l'association des Amis de Recouvrance voit le jour. Si leur objectif est de faire vivre la mémoire du quartier, c'est essentiellement àl'histoire de ses habitants et àleurs coutumes qu'ils décident de s'intéresser. «Nous sommes les témoins privilégiés d'une période allant de nos grands-parents à nos jours, explique Serge Aubrée, président de l'association. Nous avons vu la destruction de la ville, pendant la guerre, participé à sa reconstruction avec cet espoir de renouveau».
Des activités variées
Leur première action fut l'occasion d'un retour dans le passé et les souvenirs, avec la présentation d'une exposition de cartes postales anciennes se tenant dans un magasin appartenant àJean-Yves Laouénan, près des halles de Recouvrance. Une deuxième exposition à rapidement suivi, invitant les artistes du quartier, Pierre Péron en tête, à présenter leurs oeuvres. Leur objectif de conserver le patrimoine culturel et d'assurer la vitalité du quartier a été poursuivi durant ces 30 dernières années. Une des actions les plus marquantes de l'association est sans aucun doute la restauration de la «maison de la Fontaine». Le sauvetage de ce patrimoine architectural ancien a permis, en 1992, l'ouverture au public d'un lieu culturel, avec le concours de la ville de Brest. C'est dans ces murs que l'association réalise de nombreuses expositions tant artistiques qu'historiques, en s'attardant notamment sur les grands navigateurs tels que Bougainville ou Lapérouse. En 1994, un plan en relief représentant Brest en 1789 est installé afin de présenter la ville et ses remparts, disparus durant la Seconde Guerre mondiale.
La fin de l'association
Après plus de 30 ans de bons et loyaux services rendus à leur quartier, les Amis de Recouvrance ont décidé de dissoudre leur association. Depuis deux ans, l'association, qui a compté jusqu'à 120 adhérents, préparait cette fin. «Actuellement, nous ne sommes plus que les quatre membres du bureau, précise Serge Aubrée, nous étions là pour témoigner d'une période de mutation que nous avons connue. On se retire contents de notre bilan». L'avenir du quartier et ses mutations à venir réjouissent les Amis de Recouvrance, qui y voient un nouvel élan. «Le retour du tramway et l'aménagement du plateau des Capucins sont un véritable renouveau pour ce quartier que nous avons connu en ruines», conclut Serge Aubrée.
Trente années de souvenirs et d'archives
Les recherches des membres de l'association ont alimenté leurs archives et permettent aujourd'hui de relater, à travers les siècles, les petites et grandes histoires de monuments emblématiques du patrimoine brestois.
La maison d'avant la fontaine
Aujourd'hui transformée en centre culturel, la maison de la Fontaine est un lieu chargé d'histoire. Miraculeusement épargnée par les bombardements, cette demeure datant probablement du XVIIIesiècle était alors appelée «maison de l'hôpital» et appartenait à l'hospice de Brest, tenu par les pères Carmes. Située à proximité de l'ancien cimetière des noyés, la maison en conserve le souvenir par la croix médiévale qui orne un de ses angles. Cette croix était un des jalons qui balisaient la route des pèlerins de Cornouaille se rendant à Saint-Mathieu. C'est en 1760 que la fontaine Lunven, du nom du maire de l'époque, sera construite contre la maison. Une inscription en latin, datant de la construction du monument, est toujours visible et rappelle l'importance capitale de l'approvisionnement en eau pour le développement urbain. La maison deviendra, en 1825, la demeure d'Yves Collet, sculpteur travaillant le bois et qui deviendra un des derniers chefs de l'atelier de sculpture du port de Brest. Pour éviter sa démolition, la ville de Brest rachètera la maison en 1978; elle sera réhabilitée en 1992. Depuis, elle accueille régulièrement des expositions.
La ville engloutie
Peu de Brestois se rappellent encore la rue Lapérouse, située en contrebas de la rue de la Porte. Lors de la reconstruction, la rue a été recouverte par une dalle de béton transformant le rez-de-chaussée et le premier étage de plusieurs maisons en cave. Cette rue était encore visitable il y a quelques années, sous terre : les plaques de la rue étaient toujours en place; au sol, les pavés témoignaient de cette époque pas si lointaine. Non loin de là, au milieu de la rue de la Porte, une autre curiosité a aussi disparu récemment dans les travaux du tram. Une trappe permettait d'accéder à un long souterrain ayant servi d'abri pendant la guerre. En 1994, les Amis de Recouvrance ont été invités à visiter ce lieu de mémoire. Ils en ont rapporté de nombreuses photographies ainsi qu'une plaque d'avertissement rédigée en français et en allemand.
«Sauts de mémoire» : les chroniques d'un quartier
En trois décennies, les Amis de Recouvrance ont collecté, grâce à leurs recherches, plusieurs milliers de documents relatifs au quartier. Une grande partie de ces écrits, photos et panneaux d'exposition s'apprête désormais à rejoindre le fonds des archives municipales. C'est en s'appuyant sur leurs documents que l'association a publié, l'année dernière, un ouvrage collectif intitulé «Recouvrance - Sauts de mémoire - Chroniques du temps».
D'un sujet à l'autre
«Notre premier livre était écrit par des professeurs de faculté, avec une rigueur historique. Pour cet ouvrage, nous voulions apporter plus de sentiment, précise Serge Aubrée. Comme le suggère son titre, nous passons d'un sujet à l'autre, sans autre ambition que d'évoquer nos souvenirs et notre ressenti du vieux Recouvrance». Ainsi, au fil des pages, l'ouvrage s'attarde-t-il sur des lieux et monuments marquants en les resituant dans leur époque. La vie des habitants de Recouvrance, dans les années d'après-guerre, est évoquée par ces «chroniques du temps». Les textes, abondamment illustrés de photos anciennes, n'hésitent cependant pas à aborder l'histoire mais par des détails, par des petits riens de la vie quotidienne. Pratique: «Recouvrance - Sauts de mémoire - Chroniques du temps», 255 pages, 32 EUR.
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