23 septembre 2009
Ils étaient 70manifestants, hier,devant la sous-préfecture, pour protester contre le projet de loi du changement de statut deLaPoste, au1erjanvier 2010. Parmi eux, Jean-Marc, Pascal et Philippe, 86ansde boîte àeuxtrois. Témoignage.
Ils disent la dégradation de leurs conditions de travail, amorcées depuis longtemps déjà. Depuis quatre ans qu'il est au guichet au Relecq-Kerhuon, Jean-Marc, 45ans, 22 ans de boîte, a vu les choses s'éroder. «Quand je suis arrivé, il y avait un chef d'établissement, une personne au service ?arriérés?, deux au guichet et une personne au service financier. Aujourd'hui, nous sommes deux pour tout faire». Avec une tendance. «On nous retire des activités pour être de plus en plus à la vente et, si ce n'est pas nous qui la faisons, c'est le collègue.Nous sommes de plus en plus ?objectivés?, avec une évaluation annuelle,où les salariés qui ont des soucis de santé sont estimés aurabais». Problème d'implication, leur écrit-on. Pression. Le métier s'est transformé en profondeur. «J'ai vu le cloisonnement des services». Avec le courrier, par exemple. «Nous ne communiquons plus. Les portes sont concrètement fermées à clé». Etl'information ne passe plus. «ÀParis, un centre est en grève depuis 15jours. Je viens de l'apprendre».
«Entreprise bâtarde»
Pascal, 49 ans, 30ans de bons offices, employé au centre de tri des guichets entreprises, à Kergaradec, appuie : «La prochaine étape consistera à sortir la banque postale des bureaux. La tendance actuelle est de ?robotiser?. Pour que les clients affranchissent eux-mêmes, qu'ils passent par Internet... Il est aussi question de ne plus traiter les lettres recommandées pour le lendemain...». «LaPoste est devenue une entreprise bâtarde», assurent-ils. Avec des fonctionnaires et des non-fonctionnaires, que l'on met de plus en plus en concurrence. «J'ai fait le choix de rentrer àLaPoste, il y a 20 ans. C'était une fierté. Ce n'est pas pour travailler dans le ?privé? aujourd'hui, ou, alors, il faut qu'il y ait un rattrapage sur les salaires. Jegagne 1.700 EUR par mois. Des collègues partent à la retraite avec 1.000 EUR ».
«C'est France Télécom il y a cinq ans»
Philippe, 49 ans, 34 ans dans l'entreprise, abonde à son tour: «Désormais, La Poste, c'est ?recherche de productivité?, ?non-remplacements?, ?des méthodes de management ?un mot qu'on ne connaissait pas avant? de plus en plus dures? qui perturbent énormément les agents, àqui il est demandé d'être de plus en plus polyvalents. Il s'agit parfois de vraies reconversions professionnelles,avec un savoir-faire qui fout le camp ». Interdiction de se réunir en AG, interdiction de prendre la parole. «Il y a de plus en plus d'interdits. L'an dernier, à Brest, nous avons saisi l'inspection du travail, car il y avait de gros problème de stress sur le centre. Et, avant l'été, nous avons demandé en Comité d'hygiène et de sécurité des conditions de travail (CHSCT), un plan de prévention collectif, au niveau de l'entreprise, sur les risques psychosociaux. Nous avons le sentiment de vivre les mêmes choses qu'à France Télécom, il y a cinqans». Inquiétude : «ÀLaPoste, les effectifs sont bien plus importants. Çava être une vraie saignée».
«À La Poste, les effectifs sont bien plus importants qu'à France Télécom. Ça va être une vraie saignée»
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