13 septembre 2009
Une vache, un veau, place de la Liberté. Du lait gratuit pour tous, coulant à flot. Des producteurs en colère surtout, et une queue de badauds qui s'est étoffée au fil de la matinée. La grève du lait va crescendo.
La campagne qui s'invite à la ville. Et pas pour rire! Lancée jeudi en Europe par des producteurs en colère, la grève du lait s'est, hier, fait mousser un peu partout en Bretagne sur la voie publique. Installés à Brest, place de la Liberté, une dizaine de producteurs des cantons alentours ont procédé, dès 9h30, à une distribution gratuite de leur or blanc pas écrémé. «C'est du lait entier. Vous le faites bouillir, il sera parfait». Au fil des heures, les badauds, bouteilles en plastique et bidons à la main, se sont pressés pour faire le plein. «Par solidarité. Actuellement, les agriculteurs travaillent pour ne rien gagner», témoigne Laurent. Laurence, elle, est venue «parce que j'en avais entendu parler par une amie». Une petite pièce par ci, une petite pièce par là tombe dans la boîte en fer prévue pour un dédommagement à la discrétion du «client».
«Le même prix qu'en 1982»
«Nous avons décidé de ne plus livrer notre lait aux industriels pour amener ?les gens? autour de la table. Pour négocier», rappelle Bernard, agriculteur à Ploumoguer depuis ses 19 ans. Aujourd'hui, pour lui, la cinquantaine a sonné. «Arrivé à mon âge, on devrait plutôt en être à lever ?la pédale?. Or, je ne vis pas de mon métier. Pourtant, j'ai évolué, j'ai modernisé mon outil de travail. Mais je vends mon lait au prix qui était en vigueur en 1982. Et encore, ma situation n'est pas dramatique par rapport à celle des jeunes qui se sont ?super-endettés?». Botter les fesses de la Commission européenne, tel est aussi l'objectif de cette médiatisation du don de lait. «Parce qu'elle est dans une logique ultralibérale suicidaire, estime Isabelle Lamour, 40 ans, l'un des porte-parole du mouvement, installée à Ploudaniel. Elle est en train de sacrifier un pan de l'agriculture pour favoriser d'autres marchés. En France, nos prix sont plus élevés que dans les autres pays européens. 26 centimes le litre contre 18 à 23 centimes. 26 centimes, c'est le prix de base. On n'en vit pas». La revendication de l'Apli, l'Association des producteurs de lait indépendants, est de pouvoir vendre le litre à 40 centimes. «On en est loin». Sylvie Lamour et Jean-Pierre, 48ans, producteur à Plabennec, dénoncent aussi une hausse conséquente des taxes. «En 20ans, les cotisations professionnelles ont augmenté de 220%. Le paysan a l'impression de subir énormément». Vendredi, premier jour de grève, ils étaient 30%, environ, sur le secteur, a n'avoir pas livré leur lait. «Nous espérons être 60%, lundi».
Rassemblement mercredi
Le mouvement va crescendo et pour que ne retombe pas cette pression, mercredi, de 14h à 16h, à Lopérec, un rassemblement est proposé aux agriculteurs producteurs de lait. «Nous voulons qu'il y ait un mouvement de masse pour montrer que, derrière tout ça, il y a aussi des familles».
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