21 avril 2009
Non, l'école Freinet n'est pas une secte repliée sur elle-même. Non, ce n'est pas le domaine de l'enfant-roi maître de tout. C'est une école comme les autres. Communautaire. Et les règles y sont bien définies.
Autant tordre le cou aux idées reçues, Gilles Calvarin, directeur de l'école Célestin-Freinet située rue d'Avranches, y tient: «Toutes les écoles Freinet sont rattachées à l'Éducation nationale et sont publiques». CQFD. Celle de Brest réunit quatre enseignants autour de 83 élèves, du CP au CM2. Au fait, c'est quoi, la philosophie Freinet? «Nos programmes sont conformes à ce qui se fait au niveau national. Mais, chez nous, l'autonomie est une matière à part entière».
L'élève au coeur du système
L'écolier doit comprendre qu'il avance pour lui. Que de sa responsabilisation dépend sa réussite. Il mène, par exemple, dès le CP, les recherches qui lui permettront de présenter des exposés à la classe. «La bibliothèque, tenue par des parents ou des retraités, est le coeur de notre école. Ils encadrent l'enfant au moment de ses recherches». Ils l'aident, aussi, à plonger dans des ouvrages adaptés à son âge. Car le manuel scolaire n'existe pas, dans la méthode Freinet. «Pas de bourrage de crânes chez nous». L'élève au coeur du système, c'est tout. «L'année dernière, toute l'école a été "transplantée" à l'extérieur». 100 personnes ont passé une semaine à l'Île-Tudy. Voyage scolaire? «Non. Les enfants ont conçu les menus, ont pris les contacts nécessaires pour organiser des visites. C'est eux, aussi, qui épluchaient les pommes de terre. Ils ont adoré ça».
Une communauté ouverte sur le monde
Journal quotidien, correspondances avec d'autres écoles publiques, tout est fait pour donner du sens à l'écriture: un texte écrit par un élève peut servir, pendant un temps, de support à tous les autres. Gratifiant, non? L'oral, non plus, n'est pas oublié. Deux fois par semaine, activité «Quoi de neuf?»: «Un enfant fait partager tout ce qui lui semble important. Le but, c'est de favoriser la parole». Une dernière question, tout de même: l'enfant au coeur de tout, ça ne signifie pas qu'il est livré à lui-même? «Nous sommes une école coopérative. Tout ce petit monde a le pouvoir d'agir. Enfants comme adultes». Chaque semaine, un conseil se réunit en séance plénière. Règles, projets des uns, fautes des autres, tout est débattu au grand jour. Tribunal stalinien et délation? «C'est parce qu'il y a notion de communauté que chaque enfant a un règlement très fort en tête. Il faut comprendre que nous sommes tous dans le même bateau». Une volonté de fer dans un gant de velours, en somme. Ça marche? «Nos élèves s'intègrent bien en 6e. Et c'est quoi, le collège, au final? C'est l'autonomie». Pirouette du directeur? Non. Juste l'illustration d'une citation de Montaigne qui trône sur une affiche, à l'entrée: «Éduquer, ce n'est pas emplir un vase, c'est allumer un feu».
«C'est parce qu'il ya notion de communauté qu'il ya un règlementtrès fort»
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