Sécurité sociale. Le plan de Bruno Palier
Invité de l'ANDRH (1) vendredi soir à Océanopolis, Bruno Palier, chercheur au CNRS spécialiste des systèmes de sécurité sociale en Europe, explique comment adapter la protection sociale au nouveau contexte économique en France.
D'après vous, vers quelles améliorations doit tendre la sécurité sociale en France ?
Aujourd'hui, on a un système d'assurance qui répare, qui indemnise. L'idée, sans passer complètement de l'un à l'autre, c'est de voir si l'on ne peut pas aussi envisager les dépenses sociales comme un investissement, s'il intervient en amont, pour armer les individus au plus tôt, notamment dès la petite enfance. Les enfants qui ont eu la possibilité d'avoir un environnement d'éveil acquièrent, dès l'âge d'1 ou 2 ans, des capacités cognitives, relationnelles, qui font qu'ils arrivent à communiquer, à apprendre plus aisément. Et l'on sait dans les sociétés contemporaines que si l'on réussit ses études, on réussit beaucoup mieux sa carrière professionnelle.
Vous préconisez donc de mettre l'enfant au coeur du système. Mais quid des parents ?
Il y a actuellement une forme de gâchis à voir que beaucoup de jeunes filles réussissent bien leurs études à l'université, mais pas autant leur carrière professionnelle, notamment parce qu'elles doivent s'arrêter pour s'occuper des enfants. L'une des solutions consiste donc à créer des structures à même de s'occuper des enfants pendant que les parents font leur carrière professionnelle. Il ne faut pas oublier non plus que les femmes de plus de 50 ans vont aussi devoir s'occuper de leurs parents dépendants, s'il n'y a pas de service de substitution. On peut bien sûr proposer une solution privée, ce que fait d'ailleurs le gouvernement actuel, mais on sait très bien que ce ne sera accessible financièrement que pour la partie la plus riche de la population, et les salariés qui ont l'avantage de travailler dans des grosses entreprises qui leur paieront une assurance dépendance. Il ne s'agit pas d'imposer le travail à tous, mais de répondre à une demande sociale et se donner les chances d'une meilleure utilisation d'une main-d'oeuvre formée et, donc, de rentrées fiscales plus élevées.
Les entreprises doivent aussi être gagnantes dans l'histoire ?
Il faut réconcilier l'économique et le social. C'est l'esprit de mon dernier ouvrage (2). À partir des années 70-80, on a commencé à penser la protection sociale comme un frein à l'économie, en particulier en France, où on l'a utilisée pour retirer les gens du marché du travail. Préretraite, chômage longue durée, allocations pour que les femmes restent au foyer : au bout d'un moment, on n'a plus eu assez de gens qui travaillent pour payer de plus en plus de choses. L'enjeu est donc de faire en sorte que les dépenses sociales puissent favoriser le retour à l'emploi, mais au bon emploi, dans les meilleures conditions possibles.
(1) Association nationale des directeurs de ressources humaines.
(2) « Trois leçons sur l'État-providence », de Gøsta Esping-Andersen et Bruno Palier, au Seuil (La République des Idées). 11,50 €.