René Monfort. Choses vues en Birmanie
Le Brestois René Monfort, directeur de l'école Saint-Joseph du Pilier-Rouge, rentre d'un séjour de trois semaines en Birmanie.
Il témoigne sur la situation d'un pays soumis à la poigne de fer des militaires.
Pourquoi avoir choisi la Birmanie comme destination ?
Chaque année, j'aime effectuer un voyage loin des sentiers battus touristiques. C'est ainsi que je me suis rendu trois fois en Iran et une fois au Yémen. Je veux pouvoir me rendre compte par moi-même si tout ce que l'on raconte est vrai. En ce qui concerne la Birmanie, c'est malheureusement le cas.
Vous n'avez pas eu de difficulté pour obtenir un visa ?
Non. Je me suis adressé à l'ambassade de Birmanie en France et j'ai eu sans problème mon visa. Il était cependant assorti de deux restrictions. Ne pas parler politique pendant mon déplacement et ne pas m'adresser à la population. J'ai respecté la première condition mais pas la seconde. J'ai découvert des gens chaleureux et accueillants, non dénués d'une sorte d'humour désespéré, en dépit de conditions de vie lamentables. Un instituteur gagne, par exemple, 25 dollars par mois, soit 20 €. Un militaire, lui, est payé quatre fois plus.
Quel regard portez-vous sur le pays ?
Il est dans une situation lamentable. Tout semble laissé à l'abandon. Il n'existe aucune infrastructure routière et ferroviaire. Les voitures ont toutes plus de 20 ans d'âge. Les avions des deux compagnies aériennes birmanes ne volent pratiquement pas. Ils sont cloués au sol, faute de pièces de rechange. Actuellement, les seuls débouchés possibles, pour trouver du travail, se trouvent en Malaisie. Le gouvernement autorise les jeunes de 20 à 33 ans à y aller, à condition d'avoir un certificat de travail et pour une période limitée à trois ans, avec obligation de rentrer ensuite au pays.
Comment se traduit le poids de la dictature militaire, au pouvoir depuis 1962 ? On a l'impression d'être sans cesse surveillé. À Rangoon, le couvre-feu est à 21 h. Les chaînes de télévision, truffées de programmes chinois, cessent d'émettre à 22 h 30. Les rues sont quadrillées par les soldats. Il n'y pas d'éclairage public. Les groupes électrogènes sont aux mains de sociétés appartenant aux militaires. Le marché du teck, ce bois si apprécié dont la Birmanie détient 90 % de la production mondiale, est entièrement aux mains de l'État.
Que représente aujourd'hui Aung San Suu Kyi, l'opposante principale au régime ?
Elle porte en elle toute l'espérance du peuple. C'est une icône. Je suis passé devant sa maison où elle est en résidence surveillée depuis des années et qui est encerclée, jour et nuit, par les troupes. Mais, aux yeux de la junte, elle est intouchable en raison de la stature internationale que lui a valu l'obtention du prix Nobel de la paix. Elle n'a jamais voulu quitter son pays car elle sait qu'il lui serait impossible d'y revenir. Une grande dame !
Conseillez-vous aux touristes de se rendre en Birmanie ?
Bien sûr. Elle a beau être une prison à ciel ouvert, elle est magnifique et recèle des trésors du patrimoine religieux. Quand on boycotte un pays, c'est aussi, hélas, le peuple qu'on boycotte. Plus des étrangers iront là-bas, mieux ce sera. C'est aussi une façon de contribuer à améliorer la situation matérielle et morale des gens.