16 mai 2009
À l'ouest, c'était le chaudron. Certes, Lens est indiscutablement le club au sang d'or de ses supporters, superbes de grandeur à l'heure du coup d'envoi, sans haine, sans jalousie et avec un tout petit supplément d'âme déployé XXL derrière les couleurs chaudes des gens du Nord qui ont dans le coeur... Bref. Reste qu'hier, le vieux stade Le Blé a pris l'allure de ses grands soirs avec tribunes pleines, match à enjeu et petite pluie fine pour colorer le tout. Les gens de Brest ont dans le coeur l'humidité qui plante leur décor. Et puisqu'il est question des grandes eaux, comment ne pas verser une goutte salée confite de nostalgie et d'odeurs d'enfance en voyant s'approcher les Vénérables de la montée d'antan à l'heure où les postulants du maintien de maintenant donnent le coup d'envoi.
Un bonheur
Entre Brest et Lens, clubs qui se croisent parfois au hasard des montées et descentes, le foot, avec cette majuscule qui ne lui sied que quand la vulgarité des starlettes et la crasse des idiots font relâche, prend un sens et une beauté d'artistes. Pour confirmer l'agréable sensation préliminaire, encore faut-il que l'instant soit à la hauteur. Les Blancs de l'année, sans être des perdreaux des houillères, ont en souvenir quelques mines récentes qui ont mis le terril, hum, le péril en la demeure. Et si la victoire en terre pieuse de la semaine dernière peut servir de baume à l'âme, les blessures harassantes de défaites médiocres font encore couler un peu de sang noir. Un sang qui n'est pas d'or, comme celui qui se présente donc, sur les coups de 20h30, sur le frais rectangle vert du haut de Strasbourg. Le spectacle qui suivra va être un chef-d'oeuvre, un diamant rose posé sur fond de ce que l'on veut. Grâce éternelle soit rendue pour l'occasion aux 22 joueurs, manifestement débarrassé de l'enjeu pesant du maintien couperet pour les uns et du titre honorifique pour les autres. Le premier acte? Une merveille de jeu où les assauts des uns répondent aux contres des autres dans une ambiance euphorique. L'ogre ch'ti étale sa science et sa puissance, son jeu et ses idoles. Mais les p'tits blancs refusent illico le statut de chair fraîche dont on fait la fricadelle à la sauce Bollaert. Curieusement pourtant, c'est sur une action «pouloute», vilaine comme une fin de mois, que le premier but zef va jeter un chaud dans les yeux des gens de l'Ouest. L'histoire d'un vieux ballon fripé qui monte tutoyer les cumulus avant de redescendre sur la tête de Brou, tandis que le gardien ch'ti biloute ouvrait les bras ailleurs, sans doute vers «Chez Celton», pour un rab de frites.
Deux chefs-d'oeuvre
Tout l'inverse du second but mouillé des gars du coin, qui, lui, mérite de tutoyer les anges des paradis du ballon rond. L'histoire d'un vieux ballon fripé qui part à son tour tutoyer les cimes pour redescendre sur une perfection digne du penseur de Rodin, façon ciseau dans la lunette à 20m, signé Greg Lorenzi. La suite est haletante, enjouée et intense. Lens marque à dix minutes de la fin, crispe et tend les coeurs. Vous savez les coeurs, ceux qui sautent sur un pur moment de rock'n'roll signé Socrier. Si le maintien est à ce prix, ça valait (presque) le coup d'attendre.

26 mai 2012 Ã 06h41