12 février 2012 - 4 réactions
Même par temps (très) frais, cette sensation est unique. Elle ressemble à un frisson d'émotion qui court le long de l'échine pour se perdre dans les reins, étreindre le ventre. Elle n'a rien à voir avec le froid d'hiver qui soude les bonnets ou la brise d'été qui soulève les robes et ne peut être ressentie que par le peuple rouge et blanc qui hâte son pas le long de cette route de Quimper devenue boulevard du théâtre des rêves. Ilfaut la ressentir pour la croire, cette petite boule indéfinissable qui dévale le long de l'oesophage, quand la place de Strasbourg se dérobe et que l'on atteint le corridor grouillant à tous les plaisirs.
La peur malgré l'envie
Au loin, déjà, les projecteurs crachent leur lumière blafarde et la frite s'empare de l'air. Même les jours où le visiteur du soir n'a pas le lustre du cador parisien, même le soir où l'enjeu n'est pas de finir place de la Liberté en liesse, même le soir où le mercure impose la tenue esquimau sous peine de congeler au pied de la rue de l'Île-de-Sein, aller au stade procure au vrai fondu ce mélange de nostalgie, de hâte et d'envie à nul autre pareil. Et, hier soir, ce beau sentiment n'a pas manqué, à l'heure où Dijonnais et Brestois s'échauffaient sur le pré bosselé et dur des soirs de frimas. L'entrée, les « Ça gaz' », les « Tu vas voir » assénés l'air entendu. Le décorum est immuable. Il est magnifique. Au milieu de cette ferveur populaire, les onze Brestois essaient de faire briller la flamme encore plus fort. Atomic Ben se multiplie, Alphonse fonce... Facile... Il fallait le dire une fois, deux, ça ferait trop. Mais le pré rebondit mal, la motte fait la capricieuse, le gel fait glisser et les crampons s'emberlificotent parfois. En face, les Bourguignons font leur sauce... Facile aussi mais par trois fois, le frisson qui parcourt le stade n'a plus rien d'irrationnel, surtout quand le coup-franc de Kakuta, jeune prodige annoncé, amène le bruit mat du poteau qui tremble. Pour être juste, un autre frisson cavale juste avant la mi-temps, quand Maître Bruno regarde sa pépite filer à un demi-pouce du Graal adverse. Àl'heure des citrons, les Brestois n'ont toujours pas réglé leur problème récurrent d'efficacité, même si aucun de leur supporter ne pourra reprocher leur absence d'envie.
À couteaux tirés
Au retour des vestiaires, l'ambiance se crispe un peu. Le froid, sûrement. Celui qui intime l'ordre àquelques cintrés de se dévêtir dans la mythique RDK, à Issam Jemâa de filouter un entre-deux et à l'arbitre d'effectuer quelques allers-retours main poche intérieur pour une pluie de cartons totalement délirante et absolument incompréhensible. C'est ainsi, au cours du temps gelé, que la peur gagne petit à petit les 22 acteurs, guettant çà et là la maigre possibilité de faire la petite différence que chacun devine prépondérante. Le match s'englue et se fige. Le frisson est permanent et explose dans un coup de poignard signé du prodige susnommé. La fin est pathétique. Jemâa craque, l'arbitre finit sa pantalonnade et Gentiletti sauve un point devenu inespéré. La prochaine route de Quimper sera encore belle.

26 mai 2012 à 06h41