4 juillet 2009
Deux beignes
Elle saignait. «C'est faux». Elle était tombée de son fauteuil roulant. «C'est faux». À la barre, les yeux bleus de cet homme de 47 ans se perdent un peu dans le flou d'un tableau miséreux d'une vie à l'envers. Il vit avec elle depuis cinq ans, ils boivent ensemble et sortent peu. «L'appartement est presque insalubre», glisse doucement le procureur Feyeux. «C'est faux». Il reste les «deux beignes», parce qu'elle «avait employé un ton sarcastique pour parler demamère qui vient de mourir». Il reste deux beignes et une demi-bouteille de spiritueux glougloutée dès le matin. Il peut bien se demander si la scène «n'a pas été un peu exagérée par les policiers», Jean-Bernard Cappelle est condamné à deux mois de prison.
Bibus devil
La veste nickel et les souliers vernis qui brillent, il est bien difficile d'imaginer ce jeune homme de 20 ans rouler dans la fange d'une soirée de grossièretés. Après avoir bu du punch, puis des bières, puis du vin, puis du whisky, puis des bières, il est monté gaillardement dans le bus, s'émouvant en termes abominables de la hausse du ticket. Puis, pendant tout le trajet, «il va se livrer à des facéties», ose pudiquement le rapport. À savoir cracher sur les vitres et faire un boucan de tous les diables, conclus et ponctués par un «je vais te mettre sixbastos dans la tête» balancé au chauffeur, mimant avec deux doigts le colt de John Wayne. «Je regrette et j'ai compris», bafouille-t-il à la barre. «Vous aviez déjà dit ça devant le délégué du procureur pour des mêmes faits», se souvient le parquet. Un mois avec sursis.
Une affaire de principe
La petite télé et le lecteur DVD chapardés à «une fille que je connaissais» étaient à ses yeux (bleus) «une affaire de principe». Sans rire. Car à ses dires, la vilaine tardait un peu à lui rétrocéder la centaine d'euros que Roméo s'était fait une joie de lui avancer. «Vous vouliez lui pourrir la vie», résume familièrement le juge André. «Voilà, c'est ça. J'admets». Le procureur beaucoup moins. Car la jeune fille susnommée explique qu'elle ne lui avait jamais emprunté le moindre centime et que l'homme a un côté collant. «Cette histoire me fait un peu peur, j'ai une inquiétude», exprime le procureur Feyeux, qui voudrait bien embastiller le garçon quatre mois. Souriant vaguement, il n'a rien d'autre à dire que son regret et rien d'autre à entendre que le juge André lui administrant troismois avec sursis, «mais c'est la dernière fois».
Grosse tache
C'est lui qui le dit: «J'avais une grosse tache». Le juge demande de traduire. Il s'exécute. «Ça veut dire, j'avais une bonne cuite, quoi». Ceci étant posé, il a donc refusé de suivre les gendarmes de Landerneau qui se proposaient de transbahuter sa cuite jusqu'à son lit pour préférer un flot d'insultes et deux-trois gestes d'agacement un poil virulents. 30jours-amende à 10EUR, et une morale par lui-même déclamée: «Ce jour-là, j'ai pas assuré. J'ai fait le con, maintenant j'assume». Grand seigneur.
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