Petite histoire de la baie. L'église Saint-Jean-Baptiste d'Hillion
« Cette église - que j'ai surtout connue à l'époque où, adolescent, je fréquentais assidûment le catéchisme et la messe le dimanche - m'a laissé de bons souvenirs, pas exclusivement religieux. Dans ces temps de l'adolescence heureuse, un cousin de mon père, ancien séminariste, me glissa dans la peau d'un enfant de choeur.
« Les honneurs de la situation et l'auréole de gloire qui en résultaient favorisaient quelques conquêtes, toutes platoniques, mais preuve que mes sens s'éveillaient aux charmes féminins. Et puis comme tous ceux qui sont passés par là, une légère ponction (le curé méfiant surveillait le niveau), une lichette dans la bouteille du vin de messe, m'indiquait que le breuvage était blanc et particulièrement sucré. Mais je le jure, je n'ai jamais mis d'eau et encore moins uriné dans la bouteille, pour refaire le niveau. Je laissais ça à d'autres chenapans.
« Du coup, pris par mes fredaines et mon orgueil de jeune mâle, je ne prêtais pas une grande attention à l'architecture de l'édifice. Tout juste avais-je appris à l'école primaire que lors de la guerre de Cent Ans, en 1337, de par sa position géographique, la presqu'île fut vite prise par les Anglais.
« Ceux-ci se firent remarquer par du brigandage et des supplices et bâtirent une forteresse vers l'emplacement de l'église actuelle datée du XIV e siècle (bien que l'on y retrouve des éléments du XI e siècle). Cela pourrait expliquer l'aspect forteresse de la tour, couronnée d'une balustrade ajourée de quatre-feuilles, qui supporte une élégante flèche du XVI e siècle. Dans cette église, aujourd'hui inscrite à l'inventaire des Monuments historiques, le bénitier roman qui vient de la chapelle de Bonabry a toujours suscité de l'intérêt. C'est la représentation d'un monstre marin engloutissant un personnage, peut-être Jonas et la baleine, symbole de la résurrection ? »