17 avril 2010
Boquého. À deux pas de la mairie, face à l'église, «Le Cellier» s'affiche en lettres capitales sur la façade d'un bar en pierres de taille, battant pavillon breton. Rien, de prime abord, ne distingue le bistrot d'un autre café de campagne. Rien, si ce n'est, sur les murs, quelques affiches dédicacées, rares témoignages de la multitude de musiciens ayant défilé sur la petite scène en parquet de l'estaminet. Derrière le comptoir, Jean-Jacques Daniel sert bières et concerts de qualité depuis 19 ans. 600, àla louche, en près de deuxdécennies!
«Je ne suis pas un bar à whisky-coca»
Dans une autre vie, le patron a été enseignant en économie agricole à Loudéac. Jusqu'au jour où l'économie, c'est sur le terrain qu'il est allé l'appliquer, en ouvrant son bar. Et pas particulièrement par goût de la limonade. «J'avais envie de faire vivre mon pays. J'ai toujours défendu mes racines», explique-t-il. Son «Cellier», Jean-JacquesDaniel l'a voulu comme un lieu de partage «où l'on se rencontre et où on prend le temps de vivre. Je ne suis pas un bar à whisky-coca. Je préfère le bon à la quantité, ça a toujours été mon esprit». Un précepte qui s'applique aussi bien aux pressions qu'aux groupes programmés. Bien que fondu de jazz, l'homme qui se décrit comme anticonformiste ? «je n'aime pas me mettre dans un cadre» ? revendique son éclectisme. «Je n'ai jamais voulu me cantonner à un style de musique. J'aime les groupes un peu engagés, j'aime qu'ils aient quelque chose à dire à travers leur musique ou leurs textes.»
William Sheller incognito
En 19 ans, «Le Cellier» a vu passer des centaines d'artistes: des Hurlements d'Léo à Tue-Loup, en passant par Graeme Allwright, Melvil et Yarol Poupaud... Jean-Jacques Daniel reconnaît aussi volontiers quelques erreurs. «J'ai fait de grosses bourdes, confesse-t-il en souriant. J'ai refusé Matmatah, parce qu'ils faisaient beaucoup de reprises à l'époque. Le second, pourtant conseillé par un ami, c'est Louise Attaque...» Des ratés qui ne sont rien en regard de la foule de bons moments amassés au cours de ces années. L'un des plus mémorables restera sans doute la venue surprise d'un certain William Sheller. Le musicien, qui jouait dans la région, est passé sur la scène de Boquého, quasi-incognito au milieu des autres musiciens, à l'occasion d'un hommage à Neil Young. Une simplicité qui colle bien avec l'esprit des lieux. Au «Cellier», pas de tralala. Les artistes dînent à la table du patron, comme des membres de la famille. Un esprit maison, très chaleureux, qui a contribué à faire la réputation des lieux. «Ce qui ressort à travers le livre d'or, c'est beaucoup l'accueil. Et c'est le même pour les clients!»
«Il ne faut pas penser en terme de rentabilité»
Ce n'est pas non plus la fête tous les jours. Comme beaucoup de bars, Jean-Jacques Daniel subit le marasme actuel. La raison l'a d'ailleurs poussé à réduire la fréquence de ses concerts à six par an. «On est un peu au creux de la vague au niveau des cafés concerts. Mais ce n'est pas le premier...» L'homme en a vu d'autres. Il en faudrait plus pour éroder sa bonhomie et son enthousiasme. «Il ne faut pas penser en terme de rentabilité, c'est plus de la passion. Ce qui reste d'une soirée, ce n'est pas le tiroir-caisse... même s'il ne faut pas l'oublier.» Depuis 19 ans, Jean-Jacques Daniel navigue ainsi adroitement entre passion et raison, évitant soigneusement les écueils. Là réside sans doute le secret de sa longévité. Pratique «Le Cellier», à Boquého, a invité, ce soir, le groupe complètement déjanté Raggalendo, spécialiste du «BZH hip-hop». Les quatre cousines servent les histoires sans filtre sur fond de solos de cubiniou, interventions de cubideon, scratch-galettes et guitares électriques hard. Le tout faisant au final bon ménage... Ce soir, à partir de 21h30. Entrée: 5 EUR. Contact: tél.02.96.73.81.67.