14 janvier 2012
«Le personnel de Lannion à consommer avec modération. » 14h25, hier, zone de Pégase. Écrite noir sur blanc sur un drap tenu à bout de bras, la formule ironique interpelle les automobilistes qui longent la rue de Broglie. Elle est l'oeuvre d'une bonne moitié des 55 salariés de Xerox-Global Services (XGS) qui, cachés derrière leurs masques, manifestent au grand jour leur hostilité au plan de restructuration qui s'élabore à Paris, mais aussi dans leurs locaux nichés au coeur du parc industriel d'Alcatel-Lucent. Victime d'une baisse d'activité liée à la perte de quelques clients importants, dont Gaz de France, XGS n'aurait d'autres solutions que de réduire la toile à Lannion (lire l'interview de Thierry Gallet, DRH du groupe, ci-dessous). Dix-huit postes sont sur la sellette. À Mâcon, en Bourgogne, ce sont onze postes qui sont dans le collimateur. Une saignée particulièrement mal vécue par le personnel trégorrois qui, depuis les consultations préalables au lancement du Plan de sauvegarde de l'emploi (PSE), en octobre, n'avait, jusqu'ici, guère affiché publiquement ses états d'âme. Depuis hier, encouragé par la CFTC, c'est chose faite. Qu'un début?
«Immoral et indigne»
Hier, Emmanuel Le Bolzer, figure des luttes sociales en Trégor, a officiellement joué les boutefeux. Première salve, en début de matinée, devant la députée Corinne Erhel, le patron de l'Agglo Joël LeJeune, l'adjoint au maire Paul LeBihan, et le sous-préfet Pierre Simunek. Objectif: initier un front commun. Deuxième salve, dans la foulée, devant la presse. Remonté, le porte-parole du syndicat des travailleurs chrétiens ne mâche alors pas ses mots: ce qui se trame actuellement, chez le spécialiste de la dématérialisation des documents, serait proprement «immoral et indigne». Des formules chocs valant tirs de barrage, espère le syndicaliste qui dit ne pas avoir peur du groupe européen comptant 930salariés en Europe et cinq sites majeurs en France, dont Lannion. Stratégiquement, il s'agit de faire monter la température avant le comité d'entreprise extraordinaire de lundi à Paris. À l'occasion de cette réunion, les représentants des salariés vont se voir proposer la signature du projet de plan de sauvegarde de l'emploi. Un texte inacceptable en l'état pour Emmanuel Le Bolzer qui ne comprend pas pourquoi un site élu par audit «meilleur site européen du groupe en 2010» devrait se «faire tondre la laine sur le dos» quelque mois plus tard.
Peur de l'effet domino
Un scénario d'autant plus dur à digérer que les personnels sur la sellette seraient confrontés «à un chantage» de la part de la direction: soit, lundi, les syndicats signent et décrochent pour les Lannionnais environ 13.000EUR d'indemnités de départ par salarié; soit c'est un refus, et alors les conditions seront encore moins favorables. Des dispositions battues en brèche qu'Emmanuel Le Bolzer accompagne d'une note de l'Inspection du travail. Critique, le courrier brandi invite l'employeur à se montrer moins «insincère» dans sa démarche. Une formule qu'apprécie le syndicaliste qui craint pour l'outil de travail. Sa hantise: une fermeture à terme du site, et par effet domino, toute une économie qui chancelle. «Le site est moderne, compétitif, réactif, à forte productivité. Et il donne du travail à d'autres, telle LaPoste (plus de 10.000 plis par jour)», étaye le syndicaliste. Pour le DRH qui s'apprête à recevoir lundi les Bretons, il est malvenu de noircir le tableau comme cela. XGS mettrait du sien pour faciliter les reclassements au sein du groupe, et collerait quasi «aux attentes des syndicats», notamment la CGT, sur les grandes lignes de l'accompagnement social. Bref, les salariés ne seraient en rien assimilés à des «consommables».

26 mai 2012

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