24 février 2009
Le hasard a voulu qu'ils s'appellent tous les deux Michel. L'un habite le Trégor costarmoricain, l'autre le Trégor finistérien. Dozsa et Courat, les deux maîtres du polar local, dédicaçaient chacun samedi, dans deux enseignes de Lannion. Portraits croisés.
«Courat? Oui, je le connais très bien. J'aime bien le personnage. Mais ses bouquins, je sais pas. Je ne les ai pas lus.» «Dozsa? Je bavardais avec lui il y encore cinq minutes. C'est presque un pote mais je ne veux pas surtout pas le lire, pas question d'être influencé.»
Pour Dozsa, «La réalité dépasse la fiction»
Difficile d'échapper, en faisant ses courses, aux séances dédicaces de l'un ou l'autre. À travers tout le Trégor, les deux Michel, Courat et Dozsa, écoulent leurs livres de poche comme des petits pains. Rarement les lecteurs ont eu aussi soif d'hémoglobine. La recette du succès pour ces deux auteurs de polars: des intrigues qui prennent naissance à nos portes, des meurtres perpétrés dans nos bourgs, des détectives menant leurs enquêtes aux comptoirs de nos troquets. Dozsa en est à son quatrième policier du genre. Cette fois, «Le Diable s'invite» entre Trébeurden et Perros-Guirec, autour d'une sombre histoire de vengeance et d'empoisonnement chimique. Fan d'André Caroff, de Jean Bruce (0SS-117) et d'AndréLay, le Trébeurdinais avoue s'inspirer, au départ, de faits divers puisés dans sa revue de presse quotidienne. «Car la réalité dépasse souvent, en horreur, la fiction», affirme-t-il. Son imagination fait le reste... Le commercial retraité et ancien entraîneur de football tient déjà sous presse son prochain «breizh polar», «Le Vampire de Bréhat». Ses quatre premiers opus ont flirté avec les 10.000 exemplaires vendus. Avec Courat ça mourait déjà sec à Locquirec. Cette fois c'est «Marée rouge à Plestin-les-Grèves». Ça gicle, ça éclabousse à souhait. Drôle de dédoublement de personnalité pour notre vétérinaire, expert européen en bien-être animal. Visiblement, Courat s'amuse comme un petit fou. Il réinvente la population locale, fait s'installer un pharmacien à Trémel, installe son détective à l'hôtel des Côtes-d'Armor sur la Corniche de Plestin, fait entrer le producteur d'huîtres du marché dominical dans son bouquin. «Les lecteurs retrouvent leur quartier, leur bar... Certains, qui ont des chambres d'hôtes, m'ont déjà demandé de planter le décor d'une prochaine intrigue chez eux!»
Courat baigné par Agatha Christie et San Antonio
Au-delà des meurtres à répétition, l'auteur de Pont-Menou se surpasse à ménager le suspense jusqu'à la dernière page. Pas étonnant pour celui qui se revendique de la double influence d'Agatha Christie «pour la structure chiadée, la rupture de style d'un scénario à l'autre» et de l'humour de San Antonio. Huit-mille exemplaires vendus pour «Ça meurt sec à Locquirec», un bon départ pour «Marée Rouge à Plestin-les-Grèves», et l'hécatombe ne fait que commencer. «Je travaille à l'écriture du troisième, qui s'intitulera «Coup de mou à Plougasnou», et j'ai en tête la trame du quatrième, qui se déroulera à Locquémeau. Dozsa et Courat, retenez leurs noms. Car avec ces deux «killers», le Trégor n'a pas fini de compter ses morts... Pratique «Le Diable s'invite», signé Michel Dozsa, paru aux éditions Astoure, 9 EUR. «Marée Rouge à Plestin-les-Grèves», signé Michel Courat, paru aux éditions Alain Bargain, 9,50EUR.
«L'humour et les clins d'oeil au lecteur permettent d'édulcorer l'excès d'hémoglobine.»

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