27 octobre 2009
L'impressionnant chantier attire le regard des automobilistes sur la quatre voies entre Guingamp et Lannion. Au pied de Valorys, quatre hectares de serres à tomates achèvent d'éclore. Elles seront chauffées par la vapeur de l'usine d'incinération d'ordures.
D'un oeil, Philippe Carriouembrasse l'interminable entrelacs de tubes d'alu. «Lechantier,démarré mi-juillet, avancebontrain», se réjouit lemaraîcherdePleumeur-Gautier. Dans le même temps, le Smitred, syndicat mixte qui gère les ordures de 180.000 Costarmoricains, devrait réaliser la tranchée qui, de l'incinérateur de Valorys jusqu'aux serres, va permettre d'acheminer sur près d'1km la vapeur récupérée comme moyen de chauffage.
Gagnant-gagnant
Tout le monde y gagne. Le Smitred, qui jusqu'à présent, avec les serres d'horticulture, ne parvenait à valoriser que la moitié de la vapeur produite par Valorys. Demain, entre fleurs et légumes, c'est l'intégralité des 10.000Kw/h disponibles qui trouveront preneurs. Gagnants aussi: Philippe Carriou et ses deux associés du Gaec Les Reflets de la Presqu'île (*). Parce qu'ils bénéficieront d'une énergie à prix fixe. «Sur notre site de Pleumeur-Gautier, nous ne sommes pas approvisionnés en gaz naturel et sommes donc gros consommateurs d'énergie fossile: fuel, butane ou propane», explique-t-il. Quand le baril de fuel cote à 70dollars, passe. «Mais quand il s'envole à 150dollars comme il y a deux ans, il y a péril en la demeure!»
Un projet mûrement réfléchi
Cela fait longtemps que Philippe Carriou réfléchit à l'alternative offerte par les énergies renouvelables. «J'avais pensé à un procédé de méthanisation qui récupère la chaleur du lisier et des déchets organiques, mais le projet, qui requérait une révision du plan local d'urbanisme à Pleumeur-Gautier, n'est pas passé», relate-t-il. Le Gaec des Reflets s'est alors tourné vers Valorys, initialement dans l'idée de racheter à un horticulteur du site des serres existantes. «Mais nous n'avons pas trouvé d'accord sur le prix, ce qui nous a conduits à envisager ce projet de serres neuves.» À Koad Yen Bras (implanté sur Bégard), les 4ha de serres devraient donner 2.000 tonnes de tomates grappes suspendues par an. Entre l'achat des 15ha de terres et la construction, le Gaec de serristes a dû investir 3MEUR. En contrepartie, le Smitred prend en charge la pose des canalisations souterraines de Valorys jusqu'aux serres, soit 1MEUR que viendra compenser la vente d'énergie.
Vingt emplois créés jusqu'à 50 possibles
L'arrêt technique de l'usine, en septembre, ne pénalisera par les serres, qui n'ont pas besoin d'être chauffées à cette période. En cas de panne de brûleur, une chaudière de secours au fuel assurera le relais. «En attendant la chaudière bois de Valorys qui, lorsqu'elle sera installée, nous fournira aussi de la chaleur», mise Philippe Carriou. Pas question, donc, de justifier plus de déchets et d'incinération par la présence des serres. «Il n'y aurait pas de serres, sans intérêt à valoriser l'énergie produite par l'incinération.» Au passage, la production de tomates va créer vingt emplois. «Voire, une cinquantaine à terme car nous n'excluons pas, selon les évolutions du marché, de doubler de surface après une période de rodage de trois ans», glisse prudemment Philippe Carriou. D'ici là, janvier aura vu l'arrivée des premiers plants, et avril la première livraison de «tomates vapeur». Une exclusivité trégorroise.
* Déjà 9,5ha de serres et 4.500tonnes de tomates produites à Pleumeur-Gautier.
Jean-Yves Menou, président du Smitred. Faux. Valorys produit huit fois plus d'énergie qu'il n'en est actuellement valorisée. L'usine produit 9.600Mégawatts heure d'électricité par an, dont 2/3 vendus à EDF et 1/3 utilisé pour son propre fonctionnement. Nous disposons de 60.000 MgW/h/an supplémentaire sous forme de chaleur. Les serres horticoles et les serres à tomates ne parviendront à en consommer que 18.500 MgW/h. Les agriculteurs sont à la recherche de solutions plus écologiques que le maïs, et plus économiques que les importations de soja. Du granulé, riche en protéines pour alimenter le bétail, pourrait être produit à partir de cultures en herbe comme la luzerne ou le trèfle, qui sont des fourrages de printemps. Une unité de déshydratation fonctionnant à l'énergie de Valorys présenterait l'avantage de tourner l'été, au moment même où les serres sont moins demandeuses de chaleur. Les deux activités, culturale et fourragère, seraient ainsi complémentaires. Dans l'état actuel des choses, Valorys ne suffirait même pas à répondre à la demande. Ce qu'on envisage, c'est de remplacer notre chaudière fioul - chaudière d'appoint qui ne sert qu'en cas d'arrêt technique de l'incinérateur - par une chaudière bois, qui revalorisait les déchets bois de catégorie B (dit souillé). Tout l'enjeu consiste, pour les agriculteurs à recenser précisément leurs besoins, et pour le Smitred à capter un gisement de bois évalué à 50.000 tonnes. C'était une boutade mais la perche est tendue. On peut très bien décider, à partir de l'énergie produite par Valorys, de faire moins d'électricité pour proposer davantage de chaleur. Dès lors, on peut tout imaginer. Bâtie en rase campagne, l'usine d'incinération ne peut pas alimenter des immeubles et des hôpitaux comme elle le ferait en ville. Mais une blanchisserie, pourquoi pas?
Nul besoin de diplôme pour comprendre comment nos résidus de cuisine terminent à la poubelle. Mais le chemin inverse? Comment la réduction des déchets en cendres peut-elle dégager de l'énergie qui, valorisée, va produire la chaleur dont les plantes ont besoin pour pousser? «C'est le principe de la cocotte-minute», schématise-t-on chez Valorys. 1. La combustion des ordures produit de l'énergie. 2. Cette énergie est récupérée par une chaudière qui la transforme en vapeur. 3. Une partie de cette vapeur est turbinée pour produire de l'électricité, vendue à EDF ou utilisée pour les besoins de fonctionnement de l'usine (9.600 MgW/h/an). 4. Il reste 60.000 MgW/h/an de chaleur disponible, sous forme de vapeur. Des canalisations souterraines permettent de l'acheminer directement jusqu'aux serres bâties à proximité. Et donc, de les chauffer. 5. C'est ainsi qu'à un kilomètre de l'incinérateur, la vapeur issue de la combustion des ordures va permettre de produire, d'ici au printemps prochain, 2.000 tonnes de tomates qui, à leur tour, rejoindront nos assiettes!
«Il n'y aurait pas de serres, sans intérêt à valoriser l'énergie produite par l'incinération».
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