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Lannion

France Télécom. Le management accusé

17 octobre 2009

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Après le suicide d'un de leurs collègues, les salariés de France Télécom se sont recueillis lors d'une marche silencieuse, hier matin. Mais derrière le silence, ce sont les méthodes de management du groupe qui sont accusées.

Chez France Télécom, la confiance est rompue. «Ils ne vont pas changer en trois semaines un système qu'ils ont mis sciemment en place depuis cinqans», lançait, jeudi soir, un salarié présent sur le site, au moment de la visite du P.-D.G., Didier Lombard.

Remettre l'humain au centre

Ce «système» dont parlent de nombreux salariés, ce sont des méthodes d'encadrement très mal vécues dans l'entreprise. «On a perdu le sens et la valeur du travail. On travaille de façon trop dispersée, avec une charge trop lourde sur certains», confient plusieurs ingénieurs (quisouhaitent rester anonymes), hier midi, après avoir participé à lamarche silencieuse en hommage à leur collègue décédé, jeudi. «Il y a certains collègues pour qui ce n'est pas facile de venir au travail le matin. Le sens donné à notre travail n'apparaît pas toujours clairement. On nous fait travailler pour des chiffres, il serait temps de remettre les personnes au centre du système.»

L'alarme déjà sonnée

La dénonciation de ces méthodes n'est pas nouvelle. «Les salariés n'en peuvent plus», lançaient les syndicats, il y a déjà deux ans, évoquant «des fermetures de sites, suppressions de postes, harcèlement au départ». C'était avant les suicides. Au mois d'avril2008, les salariés de France Télécom R & D, àLannion, avaient tenu une réunion de crise, face aux menaces de nombreuses suppressions de postes. «On a reçu un mail à 8h45 pour une réunion à 14h45 où on nous a annoncé la fermeture de notre service», racontait alors un ingénieur. «Tous les trois ans, on me demande de trouver un autre travail. Mais la volonté, c'est de supprimer des emplois», témoignait une femme.

«On nous balade»

Dix-huit mois après, un salarié témoigne de la même réalité. «Les services ferment, on nous balade d'un service à l'autre. Ils ne veulent que du chiffre», raconte cet homme, récemment muté à Lannion. «Je suis fliqué de A à Z, on contrôle tout ce que je fais. Tous mes appels téléphoniques sont contrôlés. Mais c'est quand même mieux que de travailler dans un centre d'appels.» Il évoque la situation de ses collègues de Transpac, à qui «on donne des objectifs impossibles à tenir. Ils font des heures sup' qui ne sont pas payées.» Et de conclure: «Personne n'est motivé, on n'a qu'une seule hâte, c'est de partir.»

Du discours aux actes?

Côté direction, le discours évolue. «Le site de Lannion doit s'adapter. Je ne connais pas d'entreprise qui ne demande pas à ses salariés d'être mobiles», martelait Ronan L'Helgouac'h, directeur régional, à l'automne 2008, à Lannion. Rien à voir avec le ton de Jean-Philippe Vanot, hier. «L'heure est à la prise de conscience. Il y a un sentiment de crainte face aux évolutions. Nous travaillons à créer un climat dans lequel nos agents sont à l'aise pour travailler. Manifestement, ce n'est pas encore le cas», constate le directeur exécutif. Mais du discours aux actes, il y a plus qu'un pas, craignent les salariés de France Télécom.

  • Jean-Luc Le Roux

Élus et syndicats demandent du concret

Dans un communiqué commun, Corinne Erhel, députée de la circonscription, et Christian Marquet, maire de Lannion, disent leur «grande émotion» après le suicide d'un salarié de France Télécom. Les deux élus, qui se sont rendus sur place, jeudi soir, au moment de la visite du P-dg, Didier Lombard, jugent «nécessaire et urgent que des actions soient mises en oeuvre afin de retrouver rapidement un climat de sérénité et de dialogue renouvelé». Ils souhaitent que Didier Lombard, «lors de sa prochaine visite sur le site de Lannion, annonce des mesures concrètes». Le syndicat CFE-CGC demande à la direction de France Télécom «de stopper tout processus de réforme tant que des solutions ne sont pas trouvées». «Vingt-cinq suicides, c'est vingt-cinq vies en moins. Nous ne pouvons plus accepter cela!», écrit Éric Buron, président de l'union départementale. Le syndicat affirme son soutien à «l'ensemble des salariés de France Telecom ainsi que leur famille et appelle les élus du département à se mobiliser autour d'eux afin d'exiger de France Télécom des mesures pouvant enfin stopper ce fléau».
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