21 octobre 2009 - 1 réactions
Hier après-midi, à l'église de Ker Uhel, ont eu lieu les obsèques de Didier, salarié de France Télécom, décédé jeudi dernier. Le matin, au sein de l'entreprise, cinq ateliers de discussions ont permis de libérer les paroles.
Dans la foule qui s'est blottie dans l'église Saint-Yves de Ker Uhel, ce mardi après-midi, la famille, les amis, les collègues, et tant d'inconnus. Les chemises colorées de la vingtaine de Scouts de France égaient les lieux. Et les violons, guitare, flûte, et clavier qu'ils font résonner, réchauffent l'atmosphère douloureuse. À l'entame de la cérémonie religieuse d'hommage, Dominique, épouse de Didier décédé jeudi dernier, prend la parole. «Je vous remercie tous d'être présents ici, aujourd'hui. Et je remercie ceux qui nous soutiennent. Didier nous a quittés parce qu'il n'en pouvait plus. C'était un homme brisé en petits morceaux qui n'arrivaient plus à se recoller. [...]Il était usé par des années de lutte. Le travail comptait beaucoup pour lui. Il y était toujours appliqué et consciencieux.»
«L'humain plus fort que la cotation en bourse»
Neuf prêtres et diacres ont concélébré la messe d'obsèques. Parmi eux, Antoine Papin, diacre permanent, et salarié chez France Telecom. Avec émotion et colère, il s'est chargé de prononcer l'homélie. «Didier, tu es parti dans un fol acte d'amour, car tu ne voulais plus être un fardeau pour tes proches. Qu'allons-nous faire maintenant? De là où tu es, aide-nous! [...]Dans cette entreprise qui était la nôtre, l'humain a été chassé, alors qu'il était le ciment de la réussite. L'humain est plus fort à long terme qu'une simple cotation en bourse. Aurons-nous le courage et la sagesse d'inverser la spirale? [...]Didier, il ne faut pas que tu sois mort pour rien. Ta famille et tes amis ont besoin de te voir briller, là-haut.»
Un cahier de revendications collectives
Le matin, au sein de l'entreprise, cinq ateliers animés par des militants syndicaux ont eu lieu, dans le cadre d'une «Journée d'action sur tous les sites de France Telecom». Environ 400 personnes y ont pris part. L'idée de départ était «d'élaborer un cahier revendicatif de manière collective, pour pointer ce qui doit changer dans l'entreprise, explique Françoise Le Loarer, déléguée à la CGT. Au-delà des clivages syndicaux, il fallait faire ressortir le bien commun. De façon à peser efficacement sur les prochaines décisions de la direction.» Organisation du travail, promotions, conditions de travail, souffrance au travail, rémunérations, etc. Autant de thèmes épuisés durant près de trois heures, et qui ont donné lieu à unelibération des mots et des maux. «Il ne s'agissait pas d'un exutoire des problèmes de chacun, poursuit Françoise Le Loarer. Les choses ont été dites de manière construite et réfléchie. Il y a une volonté de changement profond et rapide.» Et l'exigence, couplée à l'urgence, ne tolérera vraisemblablement pas la déception.
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