22 février 2012
Au creux d'un chemin de la lande de Pen Lan apparaît un mobile home bardé de bois, coiffé de panneaux solaires, gardé par un âne gris. Nicolas Codon vit là son quinzième hiver, hors des sentiers battus. Depuis ses 20 ans, le jeune Trégorrois bâtit sur pilotis son rêve d'enfant, de bois et zinc, autour d'un mobile home.
La Cité d'or d'un fils d'ouvrier
Après l'Ariège, la cordillère des Andes et le Maroc, ce fils de mécanicien et d'une femme de ménage trébeurdinais s'est posé à l'abri du vent têtu du large, sur ce bout de lande en friche confié par Jean et Juliane Nicolas. «Plus qu'une maison, c'est ma façon de vivre autrement, en communion avec les éléments, inspirée du documentaire japonais des mystérieuses Cités d'or d'Amérique du Sud, série des années 80. En Bretagne, je fais avec le vent, la pluie et le soleil.»
Autarcie
Deux cent cinquante watts venus du ciel sur les panneaux solaires pour alimenter deux batteries de 100 ampères, des bouteilles de gaz pour chauffer l'eau pluviale de cinq cuves: Nicolas vise l'autonomie. «Mon quotidien est réglé comme du papier à musique. Nourrir les bêtes, filtrer l'eau, maintenir la propreté, chauffer, gérer les toilettes sèches; les tâches domestiques, les travaux du potager et du bois et l'entretien du tracteur prennent mes journées.»
Into the wild
Dans le cellier en bois, tampon thermique d'un habitat sans isolation, on quitte les chaussures aux marches du palais où jour et nuit s'organisent dans une seule pièce de 25m², autour du poêle à bois. «Les mauvais jours, je me contente de 4°C.» La chaîne hi-fi distille France Inter, les perruches chantent sans vergogne au nez de l'image de Bouddha et de la minette Zira. Chasseur et maraîcher, les menus de Nicolas accommodent gibier et production de ses propres légumes. «Cet été, les chevreuils ont détruit mes rangs de haricots. J'espère toucher une compensation des 1.500€ engloutis.» Mais cotisant solidaire, «je veille sur l'hygiène car, sans une bonne santé, tout peut mal tourner. Pendant dix ans, je n'ai eu aucune couverture sociale, sans jamais tomber malade. Désormais, je bénéficie de la CMU comme cotisant solidaire.» Mine de rien, sous ses dreadlocks, Nicolas défrise les poncifs bobo et vit son rêve plein de bon sens, les pieds sur terre. Cet électron libre de l'habitat alternatif ouvre volontiers sa porte, bricolée de planches, au promeneur. On croise aussi Nicolas à son étal de légumes bon marché sur les places de Pleumeur-Bodou et de Trébeurden, les samedi et mardi.

26 mai 2012

26 mai 2012