23 février 2012
MCZ. Trois lettres qui font du bruit dans le monde de la pêche. Leur signification? «Marine conservation zone» en anglais ou «zone marine de conservation» en français.
Mettre dehors les chalutiers français
Il s'agit d'un projet en cours du gouvernement britannique, selon des directives de Bruxelles, pour établir des espaces à protéger dans sa zone économique exclusive. Et qui dit zone protégée dit interdiction pour les chalutiers français d'y travailler. Pour l'instant, des «propositions» de zone ont été établies. «Derrière le paravent de la protection des espèces et de l'habitat, le gouvernement britannique veut mettre dehors les chalutiers français. Or, nous avons des droits historiques de pêche», tonne le Paimpolais Yannick Hémeury, vice-président du comité départemental des pêches. Son calcul est vite fait. «Il y a 20chalutiers armés dans le quartier maritime de Paimpol et cela représente 30 bateaux en tout dans les Côtes-d'Armor. À raison de neuf hommes par bateau. Sans oublier la vingtaine de fileyeurs du Nord Bretagne, ces bateaux étant traditionnellement armés avec cinq marins. Près de 400 pêcheurs sont concernés par ces MCZ».
Impact sur les pêcheries périphériques
Des chalutiers qui seraient alors obligés de se déplacer et d'empiéter sur le territoire du voisin. «Il faut bien qu'ils pêchent quelque part. Il est évident qu'il y aurait un impact sur les pêcheries périphériques et des conflits de cohabitation», souligne Yannick Hémeury. On imagine alors très bien la discussion animée qui va s'engager les 26 et 27mars à Guernesey, lors de la commission Manche Centrale Est-Ouest. Autour de la table: des pêcheurs britanniques, de Cornouailles, du Devon, de Brixam, de Jersey, de Guernesey, des Belges, des Hollandais, des bas Normands, des hauts Normands, des Bretons... Tous sont concernés et chacun essayera de tirer le meilleur de la couverture.
«Apporter la preuve de nos bonnes pratiques»
Les Bretons ont déjà travaillé leur ligne de défense. Car, selon les termes de Yannick Hémeury, «il n'est pas question de se laisser manger la laine sur le dos sans rien dire». «On va s'appuyer sur nos organisations de producteurs pour fournir des données économiques: le nombre de jours de pêche, le temps de travail sur zone, la longueur du matériel, la quantité de poissons pêchés...» Le projet Recopesca, mis en place par Ifremer, pourrait bien être salutaire. Il repose sur la mise en oeuvre de capteurs sur les engins et à bord des navires de pêche volontaires. «Grâce à ça, on peut dire voilà notre impact sur la biomasse et apporter la preuve de nos bonnes pratiques. On souhaite obtenir un accès limité que l'on peut quantifier dans ces MCZ. On ne peut pas nous mettre dehors comme ça du jour au lendemain». Yannick Hémeury est lucide sur la négociation. «Il va falloir trouver un consensus et être constructif. Il ne faut pas oublier que derrière, il y a toute une filière». Le sujet s'avère primordial pour l'avenir de la pêche hauturière pour le Nord de la Bretagne. Les 26 et 27mars à Guernesey, aura lieu le premier échange entre les différents protagonistes. Ou peut-être la première empoignade.

26 mai 2012