letelegramme.com

 

Guingamp

Prison. Le vécu du guide, fils de gardienne

21 septembre 2009

  • Réduire le texte
  • Réduire le texte
  • Agrandir le texte
  • Agrandir le texte
  • L'article au format PDF

Mona Bras, adjointe au patrimoine, a déniché un guide de choix pour la prison, exception- nellement ouverte à l'occasion des Journées du patrimoine. Albert Le Moal a joué au guide avec le vécu d'un fils de gardienne.

«Les grandes dalles qui pavaient la cour ont été volées. Quand les prisonniers marchaient dessus avec leurs sabots, c'est dingue le bruit que ça faisait. En haut, sur le bois, c'était encore pire. Oui, j'étais en prison, mais pas comme prisonnier, sinon j'aurais plus de 100 ans!» Albert LeMoal, 75 ans, s'est improvisé guide de la prison, hier, tout simplement, avec son vécu. Quand il lâche, «ma mère était gardienne de la prison», les petits garçons, mais aussi les grands, le regardent avec un air ébahi. «Ce jour-là, je n'étais pas là. Ben, oui, des fois j'allais à l'école», raconte-t-il, en évoquant le jour où sa mère a été dénoncée aux Allemands. «Elle passait, dans l'ourlet de ses chaussettes, des petits mots pour les maquisards prisonniers». Pour que le gardien chef la laisse partir afin d'échapper aux Allemands, elle prétextait que son fils Albert était à l'hôpital. Lui avait été envoyé dans une ferme à Pommerit-le-Vicomte. «Elle, elle est partie de son bord, je n'ai jamais su ce qu'elle avait fait, elle n'a jamais voulu me le dire», raconte-t-il à la foule de visiteurs. C'était quelque temps avant la Libération. Des anecdotes sur «Petit gris», un homme habillé tout en gris qui servait d'interprète aux Allemands, sur l'arrivée des Américains et des chewing-gums et on passe à l'époque où la prison a abrité des réfugiés espagnols fuyant la dictature de Franco. «De la torture à la prison? Non, jamais. Les SS venaient les chercher puis les envoyaient rue des Martyrs...»

Témoin de l'évolution du système carcéral

«Quand la prison a définitivement fermé, en 1952, les prisonniers ont été envoyés à Saint-Brieuc. Ma mère, elle, n'a jamais voulu quitter Guingamp». Albert Le Moal avait 11 ans. Et il s'en rappelle bien de la prison, des jardins du gardien chef qui faisait cultiver son potager par les prisonniers, des petits parterres de fleurs et des arbustes, de la cuisine, de l'espèce de menhir, dans la cour. «Les femmes venaient y pomper de l'eau puis retournaient dans leur cellule pour faire leur toilette», explique-t-il. «Combien de prisonniers par cellule? Tant qu'ils pouvaient en mettre». Classée aux Monuments historiques, considérée comme «un chef-d'oeuvre en péril» avant les travaux dont elle vient de faire l'objet, la prison est pourtant, à son ouverture, en 1832, un exemple de prison cellulaire unique en France, inspirée d'un modèle pennsylvanien. Un véritable témoin de l'évolution du système carcéral.

850.000 EUR de travaux

Propriété de la ville de Guingamp depuis 1999, elle a été victime d'un incendie volontaire en août2004. La charpente de l'aile nord du bâtiment a été détruite, la toiture du bâtiment administratif également. Ladégradation du monument s'est alors accélérée rapidement. En attendant que les crédits ne soient débloqués, la prison a été, dans un premier temps, bâchée pour être mise hors d'eau. Les travaux eux-mêmes n'ont débuté qu'en novembre2007: réinstallation de la coursive, maçonnerie, pose de charpente et couverture. Certaines des colonnes en bois de la coursive ont dû être remplacées, ainsi que les dais de granit qui les supportent. Coût des travaux: 250.000EUR pour la ville (qui a perçu 165.000EUR de remboursement de son assurance) et 600.000EUR pour l'État, avec participation dudépartement et de la Région. Alors que le monument, après des années, a rouvert ses portes au public hier, quelle destination a-t-il? Personne n'ose avancer d'hypothèse, tant que la réhabilitation ne sera complète. Peut-être un musée avec la labellisation Pays d'art et d'histoire. Vu l'affluence du public, la prison mériterait bien un week-end Journées du patrimoine de plus. Comme dirait Albert, «faut qu'ils trouvent un mécène»!

  • Catherine Merrer
  • Exportez cet article
  • Partagez cet article sur Wikio
  • Partagez cet article sur Scoopeo
  • Diggez cet article
  • Partagez cet article sur Facebook
  • Partagez cet article sur Fuzz
  • Partagez cet article sur del.icio.us
  • Envoyez cet article sur Blogmarks
Exportez cet article

«La première fois que j'ai mis les pieds ici, j'avais 5ans. Cela ne m'a pas empêché de m'en sortir !»

  • Albert Le Moal, 75 ans

Rechercher
Twitter Facebook Retrouvez Le Télégramme sur Twitter et Facebook
Association pour le contrôle et la diffusion des médias

Mentions légales - CGU - CGV - Contact - N°ISSN 2102-6785

Les sites du groupe Le Télégramme:

L'actualité en Bretagne avec Le Télégramme | L'actualité des PME avec Le Journal des Entreprises | Les outils pour dirigeants avec NetPME | Emploi avec RegionsJob | Les annonces professionnelles avec OPE, Opportunités pour l'Entreprise | Bateaux d'occasion avec Magnautic.com | L'immobilier en vidéo avec Immo-Ouest.com | Location de vacances avec Bretagne.com |

Les sites de Pen Duick :

La route du Rhum | La Transat BPE | La Transat Jacques Vabre | La transat AG2R