letelegramme.com

 

Musique

Maxime Le Forestier. «Le monde est plus tendu »

20 mai 2009 - 2 réactions

  • Réduire le texte
  • Réduire le texte
  • Agrandir le texte
  • Agrandir le texte
  • L'article au format PDF

Pilier de la chanson française, Maxime Le Forestier aura attendu huit ans avant de présenter son dernier album original, «Restons amants». Ses nouvelles créations s'épanouissent sur scène à côté de ses «classiques». La tournée du poète-musicien fera bientôt trois escales en Bretagne : le 28 mai à Plougastel-Daoulas, le 29 à Ploemeur et le 30 à Concarneau.



Comment avez-vous procédé pour bâtir votre tour de chants ?
La première idée était de mettre un maximum de chansons du nouvel album au début de la tournée puis de virer au fur et à mesure celles qui ne marchaient pas. Et là, je dois dire que je les ai toutes gardées (rires) ! Sauf «L'hymne à la soie» : parce qu'Emmanuelle Béart ne pouvait pas partir en tournée avec moi faire ce duo comme sur le disque. Dommage ! C'est important de jouer les dernières chansons parce que, si elles ne sont pas interprétées sur scène, à part deux ou trois qui font l'objet de singles, elles sont très vite oubliées. Donc, ça donne une chance à ces chansons. En ce qui me concerne, mon tour de chants comprend 28 morceaux, à peu près. Pour les titres plus anciens, je demande à des gens de faire des listes de ce qu'ils veulent. Moi, j'ai déjà ma petite idée, et je fais une synthèse du tout.

Vous êtes quatre sur scène : quel est le rôle des musiciens qui vous accompagnent ?
Le rôle de l'excellent Michel Haumont est de rendre les deux guitares - la sienne et la mienne - harmonieuses ensemble. Sébastian Quezada, le percussionniste, met des couleurs. Patrice Caritini est le contrebassiste : il nous assoit. Il a un beau son, est très rigoureux et inventif en même temps. Il y a des moments de pur génie dans ce qu'il joue.

Parmi les nouvelles chansons, quels sont les coups de coeur du public ?
D'abord celles qu'il connaît : «Restons amants», «Grain d'sel» et aussi maintenant «Tuer l'temps». Quand les gens découvrent «Tellement je m'aime», ils rient. Je présente un peu les chansons au public, ça oriente la compréhension. Et par rapport au disque, l'environnement musical change. Ainsi, «Sur deux tons» devient une valse-musette, «La meute et le troupeau» est plus musclé. «Le juge et la blonde», qui sonnait fanfare, devient cette fois «latino», un peu îles. Cette chanson-là, on peut s'amuser à la peindre de toutes les couleurs, ça fonctionnera toujours (rires)!

Le public est-il surpris de vous entendre chanter «Double enfance» et «Tomber», des titres popularisés respectivement par Julien Clerc et Gérald de Palmas ?
Les gens qui ne savent pas que j'en ai écrit les paroles sont effectivement étonnés. Et les autres, ça les fait marrer d'entendre ma version.

Vous chantez également «Histoire grise», que vous aviez écrite pour Serge Reggiani mais qu'il n'a pas eu le temps d'enregistrer. Pourquoi dites-vous qu'il vous avait donné votre «CAP de chanteur» ?
Parce qu'il a pris une de mes chansons alors que je n'avais que 20 ans. Ça s'est passé douze jours avant mon départ à l'armée. Jacques Bedos m'avait obtenu un rendez-vous dans la loge de Reggiani à Bobino. Il m'a demandé de lui chanter «Ballade pour un traître». Ce que j'ai fait. Reggiani a dit : «C'est exactement ce que je cherchais, je la prends!». Un des plus grands interprètes du moment adoptait une de mes chansons... Du coup je suis parti chez les paras le coeur content (rires) : tout allait bien !

Georges Moustaki et Georges Brassens vous ont également adopté alors que vous étiez très jeune. Cela doit donner une confiance en soi inébranlable...
Pas forcément (rires). Mais ça donne de bons exemples de transmission. Je me souviens que la première fois que Zazie a participé à Sol en Si - cela fait de nombreuses années ! -, elle avait écrit une chanson magnifique sur le sida : «Dodo Rémi ». Je lui ai dit que je la chanterai avec elle à la télé. Avec son guitariste, on a répété tous les trois dans un petit studio. Elle était très tendue. Une fois qu'on s'était calé, j'ai appelé tous les autres, Jonasz, Cabrel, Souchon, Catherine Lara et Maurane, pour qu'ils entendent. On leur a chanté la chanson. Zazie m'a dit que je lui avais filé le trac de sa vie ! Je lui ai répondu que c'était tant mieux : ce trac-là, tu ne l'auras plus pendant qu'on tournera à la télé (rires). Heureusement qu'il y a des choses qui se transmettent comme ça. Maintenant, sans Zazie qui a repris l'histoire en main, Sol en Si serait peut-être ruiné ! Les Restos du Coeur, où plusieurs générations se rencontrent, sont un autre bel espace de transmission.

Dans la nouvelle génération de chanteurs, vous reconnaissez-vous des émules ?
Oh, il y a beaucoup de monde ! Déjà l'explosion chez les filles : Camille, Anaïs, Rose, Olivia Ruiz... et j'en oublie plein ! On n'avait jamais vu autant de filles auteurs-compositeurs dans cet univers. Et chez les mecs, il y a des personnalités très différentes : Bénabar, Renan Luce, Aldebert, Thomas Dutronc... Je pense que les amateurs de chansons ne vont pas s'embêter dans les années à venir !

Le 1er juin, vous sortez le live de votre tournée actuelle. Ce sera votre combientième ?
«Casino de Printemps» sera le cinquième live avec mes chansons. Si j'ajoute les onze albums de l'intégrale Brassens que j'ai tous enregistrés en public, ça fait un total de seize. On peut vraiment dire que j'aime les live !

En tant qu'auditeur aussi ?
Oui, parce qu'ils possèdent quelquefois LA version magique. Par exemple, quand je veux écouter «La berceuse à pépé» de Nougaro, c'est son live que je choisis. Voyez «Amsterdam» de Brel : c'est l'interprétation en public qui est restée ! Bien sûr, ce type de disques bénéficie de moins de promo que les albums en studio. Pourtant, ce sont souvent les live les plus intéressants.

Vous avez eu 60 ans le 10 février dernier. En êtes-vous étonné, content ?
Étonné, oui. C'est étrange d'être déjà arrivé jusque là. Aldebert m'a demandé de faire un duo avec lui, entre un jeune et un ancien. J'ai réécrit quelques-uns des couplets que je devais chanter. Dont un où je dis: «Quand je croise un copain de classe, je me dis c'est un vieux qui passe». On voit les ravages du temps chez les autres mais pas forcément chez soi (rires).

Avez-vous beaucoup changé depuis l'époque où vous avez créé la chanson «San Francisco» ?
C'est le monde qui a énormément changé. Récemment, je parlais avec un vieux bab' qui avait fait Paris-Kaboul en stop. On se disait que ce ne serait plus possible... Le monde est beaucoup plus tendu, beaucoup plus peuplé aussi qu'il ne l'était il y a 40 ans, ça n'a plus rien à voir. L'homme s'adapte, et ses utopies aussi.

Vous avez défendu vigoureusement la loi Hadopi contre les téléchargements gratuits, en interpellant votre famille de gauche. Quelle solution préconisez-vous ?
Tout le monde est d'accord pour considérer que produire du contenu - musique, cinéma, etc. - , cela a un coût. Il y a deux solutions pour financer ce coût. Celle qui dit que chacun paie ce qu'il consomme; l'autre qui décide qu'on va lever une taxe sur tout le monde et que chacun pourra se servir à volonté. Les deux ont des inconvénients. La première, c'est qu'il va falloir stopper le téléchargement gratuit et que cela implique une part répressive. Mais la deuxième solution, personne n'en veut, parce qu'elle aboutirait à ce que ce soit l'État qui fixe le prix du travail des artistes et des producteurs. La culture gratuite est une utopie généreuse, mais c'est une chimère. Je ne défends pas que les droits d'auteur en l'affirmant. Une noria de gens bosse avec les artistes : les attachées de presse, dans les maisons de disques... J'en vois qui perdent leurs postes. Ce sont aussi leurs métiers que je défends.

Votre famille a-t-elle toujours une maison à Planguenoual ?

Oui, ma mère y a encore sa maison où elle va de temps en temps. Ça lui réussit de respirer le bon air des Côtes-d'Armor : elle a 93 ans et va très bien !

  • Propos recueillis par Frédéric Jambon
  • Exportez cet article
  • Partagez cet article sur Wikio
  • Partagez cet article sur Scoopeo
  • Diggez cet article
  • Partagez cet article sur Facebook
  • Partagez cet article sur Fuzz
  • Partagez cet article sur del.icio.us
  • Envoyez cet article sur Blogmarks
Exportez cet article

[INTER_TIT_B]REPÈRES[/INTER_TIT_B] Discographie. Depuis «Mon frère» en 1972, Maxime Le Forestier a sorti quatorze albums-studio et quatre live de ses propres chansons. Lundi 1er juin, «Casino de printemps» complétera cette oeuvre. Le double album p

2 réactions

  • dani...
    Droits d'auteur
    Je connais un chanteur qui dit très bien vivre avec les droits d'une seule chanson ! C'est étonnant quand on entend ces vedettes geindre ... Pour ce qui me concerne, j'achetais beaucoup moins de disques dans ma jeunesse qu'aujourd'hui, j'aimerais assez que l'on puisse comparer les ventes de musique par décennie depuis quelques dizaines d'années, ce serait sans doute édifiant.
    Ajouté le 20 mai 2009 à 12h12
  • VspaceG
    HADOPI
    M. Le Forestier oppose HADOPI et licence globale. Il se trompe : il y a d'autres solutions. N'oublions pas d'abord qu'il n'y a pas de crise de la musique ; seulement une crise du disque, mais nous sommes à l'air du MP3, les jeunes n'achètent plus de disque ! Les maisons de disque n'ont plus besoin de faire de disques ; elle se débarrasseront des emplois en trop de toute façon, car ce ne sont pas des sociétés à but non lucratif. La SACEM n'a jamais collecté autant d'argent et le disque représente une part minime des revenues des producteurs et des artistes. Les techniques de contournement existent déjà : pourquoi voter une loi décorative ? La réponse est sans doute dans la loi suivante, qui sous couvert d'antiterrorisme rapprochera la France de 1984 d'Orwell : la LOPPSI 2. Lisez son contenu s'est édifiant !
    Ajouté le 20 mai 2009 à 08h11
Rechercher
Twitter Facebook Retrouvez Le Télégramme sur Twitter et Facebook
Association pour le contrôle et la diffusion des médias

Mentions légales - CGU - CGV - Contact - N°ISSN 2102-6785

Les sites du groupe Le Télégramme:

L'actualité en Bretagne avec Le Télégramme | L'actualité des PME avec Le Journal des Entreprises | Les outils pour dirigeants avec NetPME | Emploi avec RegionsJob | Les annonces professionnelles avec OPE, Opportunités pour l'Entreprise | Bateaux d'occasion avec Magnautic.com | L'immobilier en vidéo avec Immo-Ouest.com | Location de vacances avec Bretagne.com |

Les sites de Pen Duick :

La route du Rhum | La Transat BPE | La Transat Jacques Vabre | La transat AG2R