13 novembre 2009 à 14h03
Internet, GPS et bientôt nanotechnologies: les données privées de millions d'utilisateurs sont utilisées souvent à leur insu et l'idée d'un "droit à l'oubli", réclamé par les défenseurs des libertés publiques, commence à faire son chemin. Big brother (*) n'est peut-être pas pour demain....
Facebook, Twitter, Flicker, MSN, messageries, blogs...De nombreux outils invitent chacun à y déposer des tranches de vie privée. Autant de données privées disséminées qui peuvent porter préjudice à la personne, notamment au moment de l'embauche.
C'est le point de vue de la secrétaire d'Etat au Développement de l'économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, qui rencontrait ce matin des représentants de réseaux sociaux (Facebook), de moteurs de recherches (Google) ou encore du géant Microsoft.
Doù la nécessité pour elle du lancement d'une "charte d'engagements" des professionnels pour définir de "bonnes pratiques communes".
Des pratiques d'intrusion que confirme Alain Gavand, président de l'association de recruteurs : "Difficile de passer à côté des réseaux sociaux pour le recrutement". Et d'évoquer les "dérapages" de certaines sociétés qui enquêtent sur la vie privée.
Exemple venu des Etats-Unis: 45% des employeurs ont scruté internet pour trouver des informations sur les candidats
en 2009 et 35% ont reconnu en avoir écarté en raison de photos ou vidéos jugées "provocantes".
L'internaute devient par ailleurs l'objet d'un "ciblage" de plus en plus précis des annonceurs dont les investissements dans la publicité sur internet s'accroissent (+5% à +16,4% en cinq ans en France).
Google -bien que fournisseur d'accès et de contenuset annonceur- se défend de son côté d'envahir la sphère privée :
"Nous jouons la transparence et nous n'utilisons pas les données à l'insu des utilisateurs", assure Peter Fleischer,
responsable de la protection des données personnelles.
Même tonalité chez Facebook: "nous sommes en constante amélioration", dit Richard Allan, directeur Europe. Son groupe
vient, sous pression du gouvernement canadien, de renforcer la possibilité pour l'internaute de supprimer les informations le concernant.
Microsoft prône lui la création de documents périssables qui s'autodétruiraient à la date de péremption.
Big Brother, personnage central de 1984, le roman de George Orwell, surveilel chaque geste via des écrans omniprésents.
La présidente de l'association de consommateur CLCV, Reine-Claude Mader, dénonce elle "un réel marché de la captation
des données à l'insu des internautes qui est en train de s'installer" et soupçonne "une certaine tolérance du gouvernement
pour des raisons économiques".
Il n'y a pas de "réelle volonté du gouvernement de protéger les données privées car il envie le système américain et son
réseau Echelon de surveillance globalisée de tous les moyens de communication", avance une autre source au sein d'une
association de consommateurs.
Inquiet, le président de la Commission nationale informatique et libertés (Cnil), Alex Türk, demande la "reconnaissance d'un
droit constitutionnel à l'oubli" qui protégerait notamment "le droit à l'intimité" de chacun.
En tant que président du groupe des CNIL européennes, il qualifie de "pas historique" l'adoption à Madrid début novembre d'une résolution visant à établir des standards internationaux sur la question.
"Il y a un problème de traçage physique dans l'espace, avec la vidéosurveillance, la géolocalisation des personnes et des
biens et les nanotechnologies qui permettront dans moins de dix ans de transmettre des informations par des puces invisibles
à l'oeil nu", s'alarme M. Türk.
"Si dans les réseaux ou dans la rue, on peut entrer dans votre intimité sans votre accord (...), la vie devient insupportable".
