22 juin 2012 - 2 réactions
Le trafic de faux médicaments, tristement célèbre en Afrique, se développe aussi dans l'Hexagone. Mais si, «contre les drogues, il y a toute une série de mesures répressives et d'organisations relativement efficaces, contre le trafic des faux médicaments, il n'y a actuellement rien (1)», observe le Pr Gentilini de la Fondation Chirac, qui organisait, hier, un colloque sur le sujet à Paris. Or, si «le drogué fait un choix plus ou moins libre, celui qui achète un faux médicament croit qu'il achète un vrai».
Le phénomène se développe en France, non pas par le circuit légal dans les pharmacies (2) mais par Internet, explique Stéphane Lange, coordinateur de la lutte contre les faux médicaments à l'agence française du médicament.
«Millions de comprimés saisis»
Impossible néanmoins d'avancerdes chiffres sur cette tendance. Mais «lorsqu''il y a eu des saisies en 2008 de produits en transit, ce sont des millions de comprimés qui ont été saisis», souligne-t-il.
Marché juteux pour les mafias
L'explication est simple : le marché est juteux. Les mafias ont vu dans le développement des médicaments et des vaccins, un moyen facile - et jusqu'à présent sans grand risque - de gagner beaucoup d'argent, souligne la Fondation Chirac. «C'est un fléau qui ne fait que s'aggraver, une nouvelle activité du crime organisé qui vient après le trafic de drogue mais qui pourrait dans quelques temps le dépasser», explique le professeur Marc Gentilini, responsable du programme santé de la fondation Chirac. D'après une ONG américaine, le Center for Medicine in the Public Interest, la vente de faux médicaments aurait dégagé 75 milliards de dollars en 2010, chiffre en hausse de 90 % sur cinq ans.
Troubles de l'érection produits amaigrissants...
Les Français achètent surtout, sur le web, des médicaments pour traiter les troubles de l'érection, dont le Viagra, des produits amaigrissants et aussi des psychotropes, des stimulants en tout genre ou des hormones, énumère Stéphane Lange.
Souvent, «les gens préfèrent acheter Viagra and co. sur Internet pour éviter de devoir le demander à leur pharmacien, surtout dans les petites villes», justifie le Dr Juillet, conseiller scientifique pour la Fondation Chirac.
1. «La seule démarche a été celle lancée par le Conseil de l'Europe avec la convention internationale Médicrime», selon le Pr Gentilini. Mais celle-ci, signée par seulement quinze pays, essentiellement européens, n'est pour l'heure pas ratifiée et donc reste non appliquée.
2. «Il n'y a jamais eu de faille» dans le circuit des pharmacies, sauf une fois en 2004 avec des lentilles de contact.
21 mai 2013 à 15h45 - 1 réaction(s)