1 mars 2009
La pêche à la langouste est avant tout une pêche de substitution face à la disparition de la sardine au début du XXesiècle. De cette composante découle l'aspect traditionnel que garde l'activité, avec l'utilisation du filet comme pour la sardine alors que le chalutage aurait constitué une rupture. C'est aussi une pêche «lointaine» située sur les côtes d'Afrique occidentale. En s'aventurant vers d'autres espaces maritimes, les pêcheurs innovent. Sa qualité de pêche «lointaine» va la soumettre, tout au long des quatre-vingts ans de sa pratique, aux aléas politique et diplomatique de la zone de pêche. La langouste verte se trouve à la fois dans des eaux territoriales françaises et espagnoles d'où des tensions récurrentes entre les deux nations. Autre nouveauté : la chaloupe sardinière est abandonnée au profit d'un autre type de bateau, le dundee.
Une pêche à la voile
C'est en 1906 qu'une expédition scientifique démontre l'extraordinaire richesse des fonds de pêche «sahariens». L'Aventurier, dundee langoustier d'Audierne, est le premier bateau à pêcher la langouste aux abords des côtes africaines en 1909. Jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale, la voile est privilégiée sur les langoustiers, les moteurs sont uniquement utilisés comme complément au gréement. La durée du voyage est variable, de 15 à 35 jours, en fonction du vent et des intempéries. Un délai qui peut être préjudiciable à l'activité car durant les très longues traversées du retour, la mortalité des langoustes atteint parfois les 2/3 de la cargaison. L'installation de matériels frigorifiques sur les langoustiers n'apparaîtra que dans les années 60. Les premiers marins à se lancer dans l'aventure sont issus des pêches saisonnières. Comme les marins de la baie, ils ont une parfaite connaissance de leurs zones de pêche découvertes au gré de leurs observations. Aucune carte officielle ne répertorie les noms des pêcheries qui existent uniquement dans la mémoire des marins et sur les cartes de bord conservées à travers le temps. Les marins donnent des noms en fonction de l'aspect physique du littoral par exemple «sablen» pour les parties sableuses. Ces dénominations n'ont de sens que pour eux. En raison de leurs longues absences, les pêcheurs à la langouste ne participent qu'épisodiquement à la vie de leur port d'attache et à celle de leur famille. Après la Seconde Guerre Mondiale, la radio fait son apparition dans les salles de pilotage des langoustiers. En 1952, Radio Conquet instaure une vacation spéciale, très tôt le matin, réservée aux pêcheurs d'Afriq
ue. Les messages sont laconiques, comme «RAS», mais suffisent à rassurer les familles en quête de nouvelles.
L'or rose
Dans les années 50, le stock de langouste verte est menacé. Il y a nécessité de prospecter de nouvelles zones de pêche et de trouver de nouveaux produits. Comme au moment de la crise de la sardine, les marins utilisent les mêmes techniques. Le lancement de capture de la langouste rose par les Camaretois dès 1955 va ouvrir de nouvelles zones de pêche. La pêche à la langouste rose impose la modernisation de la flottille. Car au contraire de la langouste verte, la rose vit par des fonds importants, de l'ordre de 150 à 300m. On la capture avec des casiers en osier cylindriques, lestés et munis d'un appât. Les bateaux virent des filières de 60 à 100 casiers. Très vite, l'équipement d'un sondeur s'avère indispensable pour maîtriser les fonds accidentés, lieux d'habitat des langoustes roses. Un équipement qui permettra notamment d'éviter les pertes d'engins. Au début des années 50, les bateaux s'équipent aussi de froid, de congélateurs qui permettent de réduire les pertes de produits au cours du voyage. Deux types de bateaux existent: le langoustier mixte (congélation et viviers) et le congélateur pur.
L'industrialisation
Toujours dans les années 50, l'évolution du droit de pêche et la décolonisation modifient la donne de la pêche langoustière bretonne. Il devient de plus difficile de travailler dans les zones proches de la côte. Cette conjoncture va favoriser la pêche à la rose au détriment de la verte. Les tonnages augmentent. Dans les années 50-60, pour les marins et les armateurs de Douarnenez et Camaret, la langouste rose constitue un nouvel Eldorado. La flottille de langoustiers, plus moderne, se développe, mais elle est plus coûteuse en investissements. Conséquence, les producteurs-pêcheurs perdent le contrôle de la flottille au profit des patrons-armateurs. Ensuite les nuages commencent à s'accumuler: le problème des droits de pêche (que les États étendent de plus en plus, empêchant de trouver d'autres sources d'approvisionnement), l'intensification de l'effort de pêche due à la modernisation des bateaux amenuisent chaque année les ressources du banc d'Arguin. En 1969, les dix derniers langoustiers verdiers sont désarmés. De 1970 à 1990, l'activité de la rose reprend sur le banc d'Arguin avant d'être définitivement abandonnée. En devenant une pêche communautaire, l'activité langoustière française en Mauritanie meurt d'épuisement en 1990: les Douarnenistes et Camaretois perdent l'exclusivité au profit des Portugais. En savoir plus
Françoise Pencalet-Kerivel, Histoire de la pêche langoustière. Les «Mauritaniens» dans la tourmente du second XXesiècle, PUR, Rennes, 2008; Paul Mével, Autour d'une baie bretonne. Les Seigneurs de la Mer, Réédition Mémoire de la ville de Douarnenez, 1998; J.-C.Boulard, Les Aventuriers de la langouste verte, Rennes, éditions Ouest-France, 1996; François Domenech, «En Mauritanie à bord de la Belle Bretagne», Chasse-Marée 48, 1990, p.16-31; B.Cadoret, D.Duvard, J.Guillet, H.Kerisir, Ar Vag, Voile au travail en Bretagne Atlantique, éditions Le Chasse-Marée, 2005.
26 mai 2012
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