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Alain Souchon aux Vieilles Charrues. «Les festivals me font un peu peur»

18 juillet 2010

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Événement: à 66 ans, Alain Souchon a fini par répondre «oui» aux sollicitations des Charrues. Pas facile pour un artiste qui admet volontiers ne pas être «un foudes festivals». Mais, à la longue, les encouragements de son entourage ont été les plus forts. Nickel! Sur la scène Glenmor vers 18H30.

>> Le festival des Vieilles Charrues en Direct live

Voilà des années qu'on vous réclame aux Vieilles Charrues. Qu'est-ce qui vous a enfin décidé à accepter l'invitation en 2010?

C'est vrai que ça fait longtemps qu'on m'en parle, que tout le monde me dit que c'est «le plus beau festival de France», que je suis fou de ne pas y aller... Mais, à dire la vérité, je dois admettre qu'en tant que chanteur, je ne suis pas un fou des festivals. Voir les gens pendant que je chante, ça me fait un peu peur, ça me déconcentre... J'ai toujours préféré jouer dans des salles noires. Mais cet été, j'ai décidé de faire quelques festivals. Donc, les Vieilles Charrues. C'est quand même un peu mythique, votre truc... Vous savez, quand Laurent (Voulzy) m'a raconté ce qu'il avait vécu avec le public à Carhaix (en 2003, NDLR) pendant «Belle-Île-en-mer», avec son drapeau breton, j'en ai pleuré... Laurent et moi, c'est connu, on est un peu des fanatiques de la Bretagne...

Depuis 35 ans, vous avez aligné des centaines de concerts. Jamais de lassitude avant de monter sur scène?
Ah non, pas du tout! En réalité, j'ai passé 30 ans à avoir le trac. J'aimais chanter pour dire que j'existais, que je voulais qu'on m'aime, mais monter sur scène, c'était un peu la mort dans l'âme... Je ne dormais qu'avec des médicaments, j'avais des angoisses, tout ça... Depuis cinq ans, ça va un peu mieux. Les gens sont tellement gentils. Ça m'apaise, ça me rassure. J'ai enfin vraiment du plaisir à me retrouver sur scène.

«Allô maman bobo», «Quand je serai KO», «Rame», «Foule sentimentale»... Beaucoup de vos chansons, comme on dit, sont entrées dans la mémoire collective des Français. Alors, ça fait quoi, Monsieur Souchon, d'entrer peu à peu dans le patrimoine national?
(éclat de rires) Non, je vais vous dire: c'est surtout émouvant de voir des petites parties de vous-même vous échapper, s'envoler sur les ondes, se retrouver dans les oreilles d'un chauffeur de taxi à Brest ou à Marseille. Ça fait comme une rumeur, une rumeur agréable. C'est du bien-être, c'est du bonheur avec les autres. Mais ce sont les gens qui décident de la vie d'une chanson. Quand j'ai fait le disque avec «Jamais content»(1977), pour moi, c'était ce titre-là le plus important. Je voulais faire un truc un peu âpre, un peu insidieux. C'était celle-là ma chanson-fétiche. Et finalement, c'est «Allô maman bobo» qui a tout pris... C'est comme ça. On ne décide pas de tout, vous savez...

Beaucoup de vos chansons, comme «Petit tas tombé», «Les cadors» ou «Écoutez d'où ma peine vient», dressent un constat amer sur l'état de notre société. Vous êtes conscient d'avoir parfois écrit des chansons assez politiques, à leur façon?
Oui, sûrement. Quand j'ai écrit «Poulailler song» ou «Le dégoût» ou même «Foule sentimentale», c'était bien pour dire que le monde tourne bizarrement pour les gens normaux. Et que ces enthousiasmes, pour, je ne sais pas, les gouvernements, les présidentielles... Je vois ça depuis 60ans, et au fond, ça ne change à peu près rien. C'est fou, les gens sur les Champs-Élysées qui hurlent de joie les soirs d'élections... Pour le foot, éventuellement, je comprends, mais pour les élections... C'est bizarre.

Une dernière question: ce fameux disque en duo avec votre complice Laurent Voulzy dont on entend parler depuis des années, il sortira un jour ou pas?
Ah, cette histoire... Il aurait fallu ne rien dire, n'en parler à personne. Trop tard: Laurent en a parlé à Drucker, Drucker l'a répété... Maintenant, on n'arrête pas de nous interroger là-dessus. Et comme ça ne sort pas, les gens se demandent pourquoi on en a parlé... C'est compliqué: Laurent travaille sur son prochain album, moi je suis en tournée... On manque de temps. On aurait dû arriver comme ça, un beau jour, un peu par surprise. Là, c'est éculé. Dommage, mais tant pis, on ira peut-être un jour, avec nos nouvelles et nos anciennes chansons, à deux, ensemble sur les routes pour les chanter à deux voix. Ça pourrait être bien, non?

  • Propos recueillis par Patrice Le Berre

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