28 octobre 2009 à 06h32
Mieux vaut avoir vu son film pour rencontrer Albert Dupontel... Actuellement de passage en Bretagne, l'acteur, réalisateur et scénariste évoque, avec passion et sans complaisance, son dernier film «Le Vilain», farce burlesque et savoureuse. Il était hier soir, à Brest, et sera ce soir, à Vannes.
Dans le film «Le Vilain» (dans les salles le 25 novembre), vous êtes acteur, réalisateur, mais aussi scénariste. Qu'est-ce qui vous a inspiré l'histoire et les personnages ?
C'est parti du constat que nos parents ne font pas forcément ce que l'on attend de nous. L'amour filial n'est souvent qu'un vaste quiproquo. Dans le film, la relation entre Maniette (Catherine Frot), la mère, et Sydney Le Vilain (Albert Dupontel), en est la preuve. Le personnage de Maniette m'a été inspiré par une de mes vieilles tantes presque centenaire, qui était très bigote, très naïve, à qui on a fait les 400 coups quand on était petit. Le Vilain, quant à lui, c'est un peu le cauchemar potache qui est en moi. C'est une sorte d'Harry Potter déviant. La confrontation de ces deux entités dans un univers totalement burlesque m'intéressait. J'aime mes personnages. Je m'en moque, mais comme on se moque des gens qu'on aime. Que ce soit Bernie l'orphelin ou ici Le Vilain, ils sont toujours en marge et en révolte contre le système dont ils se sentent exclus. Ils me touchent. Ces gens-là sont la vraie vie et ils sont folkloriques et spectaculaires à filmer.
À quel moment avez-vous pensé à Catherine Frot pour incarner le rôle de Maniette ?
Quand j'ai écrit le film, j'ai coincé sur la scène où Maniette explique aux promoteurs immobiliers qu'elle voudrait qu'ils installent des plaques en bronze en hommage aux habitants. Puis, j'ai pensé à Catherine que j'avais eue au téléphone quelques jours avant. Tout à coup, je me suis projeté Catherine avec 30 ans de plus. Au départ, cela a pu paraître totalement saugrenu, mais à la fin de l'écriture, j'ai voulu tenter cette possibilité. Catherine a accepté et on a dû travailler plusieurs mois sur sa silhouette, son maquillage... Je ne voulais surtout pas qu'elle joue la vieille dame décrépie, avec la voix chevrotante... Mon film est un mélange de Tex Avery et Capra; elle ne devait donc pas non plus être trop sinistre. C'était sa clownerie qui m'intéressait. Finalement, le résultat est très étonnant, car elle reste elle-même, tout en étant une vieille dame. C'est assez curieux, mais cela fonctionne.
Ce film apparaît davantage grand public que vos précédents films en tant que réalisateur...
Oui, dans les projections qu'on a pu faire, je me suis rendu compte que le public pouvait plus facilement s'identifier à cette relation mère-fils qu'à un orphelin qui bouffe des canaris («Bernie», NDLR) ! Ce n'est pas un calcul commercial de ma part. Les aficionados de mon travail peuvent penser que je me dégonfle un peu, car c'est moins trash que «Bernie». Mais «Le Vilain», c'est avant tout un conte de fées tordu et je ne me voyais pas mettre la mort dans cette histoire.
Vous avez des origines costarmoricaines. Est-ce que cette projection à Saint-Brieuc est particulière pour vous ?
C'est sûr, car mes proches occuperont la moitié de la salle ! (Rires). En fait, mon père et mon grand-père sont originaires de Trégomeur, à une dizaine de kilomètres d'ici. J'ai pris un pseudonyme, le premier qui m'est venu à l'esprit. Car mon père était un toubib respectable et mon grand-père, maire d'une commune. Je ne voulais pas leur faire honte avec mes conneries officielles au cinéma ! (Rires).
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