18 octobre 2011
Après deux premiers films, «Pardonnez-moi» et «Le bal des actrices», marqués par une certaine originalité mais dont l'audience était restée relativement confidentielle, Maïwenn, avec son troisième long-métrage, s'ouvre à un plus large public. Elle a pourtant choisi de s'intéresser à un sujet rarement évoqué à l'écran: les activités quotidiennes d'une Brigade de Protection des Mineurs. Elle plonge bille en tête dans cet univers étrange où la vérité est sans doute plus qu'ailleurs difficile à débusquer, ne serait-ce que parce que les enfants ont du mal à s'exprimer.
Acteurs formidables
Chaque policier agit en fonction de son propre caractère, et c'est là l'exploit le plus remarquable de la jeune réalisatrice: elle parvient à filmer un groupe, tout en conservant à chacun des personnages son identité particulière. Autre atout: une distribution composée d'acteurs absolument formidables. Karin Viard, en plein divorce, qui sent son monde s'effondrer, Marina Foïs la donneuse de leçons, Joey Starr qui a probablement connu une enfance perturbée, Naidra Ayadi la Maghrébine qui explose devant un musulman qui veut marier sa fille de force, Jérémie Elkaïm, déjà vu dans «La guerre est déclarée », en intello, Nicolas Duvauchelle le dragueur, Emmanuelle Bercot l'homosexuelle, Karole Rocher la protectrice. Les membres de l'équipe se livrent à un travail stressant, parfois marqué par des querelles, qui les soudent mais les laissent épuisés et terriblement cabossés, par des affaires sordides et le comportement d'une jeunesse déboussolée.
Prix du Jury à Cannes
Maïwenn s'est donné le rôle d'une photographe qui, mandatée par le ministère de l'Intérieur pour se livrer à un reportage, s'immisce dans le service, assiste à des scènes parfois poignantes d'abus sexuels ou de prostitution enfantine, parfois insolites ou même hilarantes. Elle suit les flics sur le terrain, au bureau, à la cantine et jusque dans leur intimité. La réalisatrice montre aussi le manque de moyens, la hiérarchie bornée, la concurrence entre les services, les règlements impossibles à appliquer, les coups de gueule, les crises de larmes, les fous-rire, les échecs. Bouillonnant, foisonnant, «Polisse» a valu à Maïwenn le Prix du Jury au dernier Festival de Cannes.
24 mai 2012 à 08h13