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Au cinéma cette semaine. My little princess

28 juin 2011

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Pour son premier long-métrage, Eva Ionesco a choisi de porter à l'écran une partie de sa propre vie. Un récit sulfureux qui bouscule le spectateur mais dont l'un des atouts réside, une nouvelle fois, dans la performance époustouflante d'Isabelle Huppert.

Violetta, 10 ans, est élevée à Paris avec tendresse par sa grand-mère, une Roumaine déracinée. Elle n'a pas le droit d'entrer dans l'appartement du dessus où vit sa mère, une extravagante artiste qui passe ses nuits dehors. Un jour, invitée dans l'antre interdit, elle accepte de se faire photographier. Au fil des séances, sa mère la déshabille, et lui suggère de prendre des poses de plus en plus lascives... Eva Ionesco raconte ici sa propre histoire, mais la réalité dépasse la fiction puisqu'elle avait quatre ans lorsque sa mère lui demandait d'écarter les jambes devant l'objectif pour vendre des clichés à des amateurs de pédopornographie. Aujourd'hui encore, elle se bat pour que l'octogénaire, toujours vivante, ne puisse plus utiliser ces photos sur Internet. Sa démarche est troublante, car, ici, la fillette comprend assez vite ce qu'il se passe, mais elle veut aussi préserver ces moments intimes avec une mère qu'elle admire autant qu'elle condamne. Toute l'ambiguïté vient du fait que la photographe possède un talent exceptionnel et que ses photos, il faut bien l'avouer, sont d'un esthétisme rare. La question se pose alors: jusqu'où peut aller la liberté artistique? Il est difficile d'y répondre si l'on replace le propos dans le contexte d'un microcosme parisien branché des années 1970.

Un conte de fées qui tourne au cauchemar

On ne voit pas quelle comédienne autre qu'Isabelle Huppert, habituée à des prises de risques maximum et à des personnages souvent «limites» («La pianiste» de Michael Haneke), pouvait sans pathos incarner cette méchante reine d'un conte de fées qui tourne au cauchemar. Avec ses accoutrements de femme fatale, elle est presque comique. Victime elle-même de la misère et de l'exil, elle n'a pas l'air de réaliser qu'elle détruit sa fille. Pour elle, c'est sa princesse, la belle innocente aux longs cheveux d'or, inondée de dentelles, qui irradie la pellicule, et elle se moque de l'utilisation que ses acteurs font de ses oeuvres. La jeune Anamaria Vartolomei est remarquable dans le rôle de la victime à demi consentante, superbe Lolita sacrifiée sur l'autel de l'art... et du vice. Cet exercice en forme d'exutoire est certes très dérangeant, mais également fascinant.

  • André Rivier
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