18 mars 2010
«Du Zola remixé années 2000». Laurence Mallet livre le sentiment qui l'a gagnée quand elle a pris en charge le dossier de la jeune victime. Hier, à Lorient, la cour d'assises a continué l'examen des faits reprochés à cet employé des pompes funèbres, de 31 ans (LeTélégramme d'hier). La victime, alors âgée de 10 ans, vit aujourd'hui en foyer, en Seine-Maritime d'où est originaire sa famille. Un contexte familial qui en dit long, comme le rappelle l'avocate: «Des parents qui ne s'entendent pas, (...), qui n'ont jamais pu lui prodiguer la moindre affection, (...), qui refusent l'aide des services sociaux et des enseignants...». Elle poursuit : « Des parents non protecteurs, (...), qui ne se posent pas de questions en s'installant, à Sauzon, dans les 30m² d'un couple dont les enfants sont placés et dont ils savent que l'homme a eu des ennuis avec la justice».
Une victime en puissance
Elle parle encore d'une enfant devenue «une victime en puissance en quête de la reconnaissance des adultes et à qui on n'a inculqué ni règles, ni limites, ni interdits et confrontée à la sexualité quand elle était une toute petite fille». Et d'ajoute:«À cause de son histoire particulière, le sexe est devenu, pour elle, une manière normale de démontrer son affection au même titre qu'un bisou sur la joue». Me Mallet brosse la personnalité de l'accusé, «quelqu'un qui traîne de grosses valises, (...) avec une misère affective et intellectuelle». À ses yeux, «tout comme elle, c'est un cabossé de la vie». Pour autant, assène-t-elle, «toutes les victimes ne deviennent pas des bourreaux».
Pas de consentement possible...
Martin Genet, l'avocat général, s'insurge «sur la promiscuité sexuelle qu'elle a vécue à Belle-Ile». De la même façon, il martèle : «Tout acte sexuel est interdit, quel que soit le consentement, avant la majorité sexuelle de 15 ans». Il anticipe ainsi, sur un éventuel consentement de la victime susceptible d'être plaidé, par l'avocate de l'accusé. Et de renchérir: «Il avait conscience que la victime lui serait soumise, (...), il savait, pour avoir déjà été condamné pour agression sexuelle, commettre des faits immoraux». «Au regard de ces viols répétés sur une jeune enfant et de la transgression d'un interdit fondamental», il requiert contre Joan Lesueur douze ans de réclusion et dix ans de suivi socio-judicaire. Un suivi auquel adhère totalement Me Gomez, l'avocate de l'accusé. En revanche, elle s'interroge sur l'opportunité de la peine et surtout sur la durée de la détention. Elle soutient que son client «est prêt aujourd'hui à des soins». D'ailleurs, JoanLesueur acquiesce, tout en s'excusant auprès de la victime.
Une misère sociale et sexuelle
L'avocate rouennaise met, en parallèle, leur parcours respectif, «une misère sociale et sexuelle, avec d'un côté une fillette de 10ans, au comportement anormalement sexué; de l'autre, un homme clairement abusé durant son enfance, déjà condamné pour agression sexuelle». Elle ajoute : «Lui, savait que ce qu'il faisait n'était pas normal, (...), mais il l'a quand même fait, à quatre reprises, parce qu'à lui aussi, on le lui avait fait et personne n'a été inquiété, jugé, puni!». Et de s'interroger : «Comment penser, alors, autrement que de se dire: ce n'est pas si grave que ça ce que je fais puisque c'est la normalité que, moi, je connais?». Détenu depuis 20 mois et 15jours, Joan Lesueur a été condamné à dix ans de réclusion.