14 octobre 2009
Alternatives à l'incarcération, les placements extérieurs favoriseraient la réinsertion des détenus. À l'échelle nationale, le Morbihan fait figure de pionnier.
Christian Daniel et Yannick Royer sont à la tête du Service pénitentiaire d'insertion et de probation du Morbihan. Basé à Lorient, le Spip56 cherche à favoriser la réinsertion sociale des détenus et prévenir ainsi la récidive.
C'est quoi, le placement extérieur des détenus?
Un régime de détention aménagé, qui permet à certains condamnés de sortir régulièrement de l'établissement pénitentiaire, pour être employé à des travaux contrôlés par l'administration. Actuellement, trois dispositifs de placement à l'extérieur existent dans le département, à Belle-Ile-en-Mer, Bubry et Pont-Scorff. Un quatrième devrait bientôt voir le jour à Lorient. Les chantiers accueillent, pour une durée moyenne de trois mois, trente-six détenus au total. Si on les englobe dans les quelque 150détenus qui effectuent leur peine à l'extérieur (grâce au régime de semi-liberté, de bracelet électronique...), le Morbihan peut se targuer d'avoir l'un des plus forts taux d'accompagnement des condamnés à l'échelle nationale(*).
Quel est l'intérêt des chantiers extérieurs?
La prison n'est pas la seule réponse aux actes délictueux, surtout en ces temps de surpopulation carcérale. Le placement en chantier constitue un sas efficace entre la détention et la vie extérieure. Le condamné réapprend à vivre dehors, avec un rythme, des horaires, une activité professionnelle, des tâches quotidiennes (ménage, repas...). Il en découle une évolution de la personnalité du détenu, de sa relation aux autres ou de ses problèmes d'addiction. Cela donne un sens réel à la peine.
À combien s'élève le coût de ces dispositifs?
Notre budget est de 600.000EUR, les deux tiers provenant du Fonds social européen. Hélas, nous ne sommes pas encore certains que cette subvention cruciale soit reconduite en 2010. D'où la nécessité de convaincre de nouveaux partenaires, institutionnels, privés ou associatifs. Car les dispositifs ont beau être coûteux en temps et en argent, ils sont indispensables à une politique de réinsertion ambitieuse, qui s'adresse avant tout aux condamnés dont la situation est précaire. Pour eux, le chantier extérieur est la garantie d'une sortie de prison préparée et accompagnée. La preuve: au cours des trois dernières années, 82% des bénéficiaires du dispositif n'ont pas récidivé et ont pu s'engager du bon pied dans la voie de la réinsertion.
* La maison d'arrêt de Lorient regroupe 300 détenus, celle de Vannes 150. Un condamné morbihannais sur quatre purge donc sa peine à l'extérieur.
Pour «démontrer le bien-fondé des actions réalisées» et «convaincre de nouveaux partenaires institutionnels, privés et associatifs», le Spip 56 organise, demain au Palais des congrès de Lorient, un colloque sur les placements extérieurs des détenus. En présence d'acteurs de l'administration pénitentiaire, de magistrats du tribunal de grande instance de Lorient, d'élus et des organismes d'accueil des dispositifs (l'association Préface à Bubry, Gepsa, filiale de GDF-Suez, à Belle-Ile-en-Mer ou le zoo de Pont-Scorff). Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice, devait prononcer un discours à l'issue du colloque, mais se fera finalement représenter. Qu'à cela ne tienne: la Garde des Sceaux visitera «dans les prochaines semaines» le chantier extérieur de Bubry, selon le Spip 56.
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